Algèbre linéaire
Sommaire du cours
#### Définitions
- $E$ désigne un plan euclidien orienté.
- $(e_1, e_2)$ est une base orthonormée directe.
- $u \in \mathcal{O}(E)$, où $\mathcal{O}(E)$ représente le groupe des isométries vectorielles de $E$.
- $A = \text{Mat}_{(e)}(u) = \begin{pmatrix} a & c \\ b & d \end{pmatrix}$ est la matrice de l'isométrie $u$ dans la base $(e_1, e_2)$.
#### Propriétés des matrices orthogonales
- Une matrice $A$ est orthogonale si $A^T A = I$, où $I$ est la matrice identité.
- Les éléments de $A$ satisfont aux équations :
- $a^2 + b^2 = 1$
- $c^2 + d^2 = 1$
- $ac + bd = 0$
#### Représentation des éléments de la matrice
- Il existe des réels $\alpha$ et $\beta$ tels que :
- $a = \cos \alpha$ et $b = \sin \alpha$
- $d = \cos \beta$ et $c = \sin \beta$
- La relation entre $\alpha$ et $\beta$ est donnée par $\sin(\alpha + \beta) = 0$, ce qui implique $\beta \equiv -\alpha \pmod{\pi}$.
#### Types de matrices pour les isométries
- Deux types de matrices pour les isométries vectorielles :
- $A_1$ avec $\det A_1 = 1$ pour les isométries directes
- $A_2$ avec $\det A_2 = -1$ pour les isométries indirectes
#### Théorème
- Les isométries vectorielles directes sont associées aux matrices de type $A_1$, et les isométries indirectes aux matrices de type $A_2$.
La formule de changement de base s'exprime sous la forme : <br>
$X' = P^{-1}X$<br>
où $P = \text{Mat}_e(e')$ est la matrice de passage de $(e)$ vers $(e')$.<br>
<ul>
<li> $P$ est la matrice des coordonnées des vecteurs $(e')$ exprimés dans la base $(e)$.</li>
<li>$P$ permet de passer des nouvelles coordonnées vers les anciennes coordonnées !</li>
</ul>
Si on considère une application linéaire, $A$ sa matrice dans la base $(e)$ et $A'$ sa matrice dans la base $(e')$, alors on vérifie la relation : $A' = P^{-1} A P $
La matrice $X = \phi^{-1}(x)$ est la matrice des composantes de $x$ dans la base $(e)$, notée $X = \text{Mat}_e(x)$.
La méthode de Gauss-Jordan peut être appliquée sur les colonnes d'une matrice pour trouver son rang et déterminer si une famille de vecteurs est libre ou non.
Le rang de la famille $(x_1, \dots, x_k)$ est la dimension de l'espace vectoriel qu'ils engendrent : $\text{rg}(x_1, \dots, x_k) = \text{rg}(X_1, \dots, X_k) = \text{rg } A$.
#### 1. Cas triangulaire par blocs
Soient $A \in \mathcal{M}_p(\mathbb{K})$, $D \in \mathcal{M}_q(\mathbb{K})$ et $B \in \mathcal{M}_{p,q}(\mathbb{K})$. Si
$$M = \begin{pmatrix} A & B \\ 0 & D \end{pmatrix} \quad \text{ou} \quad M = \begin{pmatrix} A & 0 \\ C & D \end{pmatrix},$$
alors $\det(M) = \det(A)\det(D)$.
En particulier, le déterminant d'une matrice diagonale par blocs est le produit des déterminants des blocs, et le bloc $B$ (ou $C$) n'intervient pas.
**Idée de preuve :** si $A$ est inversible,
$$\begin{pmatrix} A & B \\ 0 & D \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & 0 \\ 0 & D \end{pmatrix}\begin{pmatrix} I_p & A^{-1}B \\ 0 & I_q \end{pmatrix},$$
et le second facteur a pour déterminant $1$.<br>
Si $A$ est non inversible alors M est non inversible, la propriété est toujours vraie.
Il suffit de considérer un vecteur $x$ non nul tel que $Ax = 0$, alors $\begin{pmatrix} x \\ 0 \end{pmatrix}$ est non nul et appartient au noyau de $M$ qui n'est donc pas inversible, donc son déterminant est nul.
#### 2. Cas général : complément de Schur
Si $A \in \mathrm{GL}_p(\mathbb{K})$, alors pour
$$M = \begin{pmatrix} A & B \\ C & D \end{pmatrix}$$
$$\quad \det(M) = \det(A)\,\det(D - CA^{-1}B).$$
La matrice $S = D - CA^{-1}B$ est le complément de Schur de $A$ dans $M$.<br>
On l'obtient par élimination de Gauss par blocs : multiplier à gauche par $\begin{pmatrix} I_p & 0 \\ -CA^{-1} & I_q \end{pmatrix}$ ne change pas le déterminant et fait apparaître le bloc nul en bas à gauche.
#### 3. Pièges à éviter
- Le déterminant **n'est pas additif** : $\det(A + B) \neq \det(A) + \det(B)$.
- La formule naïve $\det\begin{pmatrix} A & B \\ C & D \end{pmatrix} = \det(AD - BC)$ n'est vraie que si les blocs commutent deux à deux (par exemple des blocs $1 \times 1$) ; elle est fausse en général.
- $\det(M) = \det(A)\det(D)$ exige un bloc nul en position $C$ (ou $B$) : sans cela, il faut le complément de Schur.
#### 4. Exemple
Soit $M = \begin{pmatrix} 2 & 1 & 0 \\ 0 & 1 & 1 \\ 0 & 0 & 3 \end{pmatrix}$ : c'est une matrice triangulaire par blocs avec $A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}$ et $D = (3)$. Donc $\det(M) = \det(A)\det(D) = (2 \times 1 - 0) \times 3 = 6$.
#### 1. Définition
- **Trace d'une matrice carrée** : pour $A = (a_{ij}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})$,
$$\mathrm{tr}(A) = \sum_{i=1}^{n} a_{ii},$$
c'est-à-dire la somme des éléments diagonaux. Exemple : $\mathrm{tr}\begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 3 & 4 \end{pmatrix} = 5$.
- **Trace d'un endomorphisme** : pour $u \in \mathcal{L}(E)$ où $E$ est de dimension finie,
$\mathrm{tr}(u) = \mathrm{tr}\big(\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(u)\big)$ dans une base $\mathcal{B}$
quelconque de $E$. Cette définition est légitime car le résultat ne dépend pas de la base choisie
(invariance par changement de base, voir §5).
- Cas particuliers : $\mathrm{tr}(I_n) = n$, $\mathrm{tr}(0) = 0$,
$\mathrm{tr}(\lambda I_n) = n\lambda$ (homothétie).
#### 2. Linéarité de la trace
- L'application $\mathrm{tr} : \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) \to \mathbb{K}$ est une **forme linéaire** :
$$\mathrm{tr}(\lambda A + \mu B) = \lambda\,\mathrm{tr}(A) + \mu\,\mathrm{tr}(B).$$
- Son noyau est l'**hyperplan des matrices de trace nulle**, de dimension $n^2 - 1$ ; une base en est
donnée par les $E_{ij}$ ($i \neq j$) et les $E_{ii} - E_{11}$ ($i \geq 2$).
- Forme bilinéaire associée : $(A, B) \mapsto \mathrm{tr}(A^{\mathsf{T}} B)$ est un produit scalaire
sur $\mathcal{M}_n(\mathbb{R})$ ; la norme associée $\|A\|_F = \sqrt{\mathrm{tr}(A^{\mathsf{T}}A)}$
est la norme de Frobenius.
#### 3. Trace et transposition
- **La transposition conserve la trace** : $\mathrm{tr}(A^{\mathsf{T}}) = \mathrm{tr}(A)$ (la
diagonale est inchangée par transposition).
- Conséquences : $\mathrm{tr}(A^{\mathsf{T}}B) = \mathrm{tr}(AB^{\mathsf{T}}) =
\mathrm{tr}(B^{\mathsf{T}}A)$ (par combinaison avec la cyclicité, §4), et
$\mathrm{tr}(A^{\mathsf{T}}A) = \sum_{i,j} a_{ij}^2 \geq 0$, avec égalité si et seulement si $A = 0$.
#### 4. Cyclicité de la trace
- **Propriété fondamentale** : pour $A \in \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K})$ et $B \in
\mathcal{M}_{p,n}(\mathbb{K})$, les produits $AB$ et $BA$ sont définis et
$$\mathrm{tr}(AB) = \mathrm{tr}(BA).$$
Preuve : $\mathrm{tr}(AB) = \sum_i \sum_j a_{ij}b_{ji} = \sum_j \sum_i b_{ji}a_{ij} =
\mathrm{tr}(BA)$.
- **Généralisation** : la trace est invariante par **permutation circulaire** des facteurs,
$\mathrm{tr}(A_1 A_2 \cdots A_k) = \mathrm{tr}(A_2 \cdots A_k A_1)$, par exemple
$\mathrm{tr}(ABC) = \mathrm{tr}(CAB) = \mathrm{tr}(BCA)$.
- **Pièges** : invariance uniquement par permutation circulaire (en général
$\mathrm{tr}(ABC) \neq \mathrm{tr}(ACB)$), et la trace n'est pas multiplicative :
$\mathrm{tr}(AB) \neq \mathrm{tr}(A)\,\mathrm{tr}(B)$.
#### 5. Invariance de la trace et similitude
- Si $B = P^{-1}AP$ avec $P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{K})$ ($A$ et $B$ **semblables**), alors
$$\mathrm{tr}(B) = \mathrm{tr}(P^{-1}AP) = \mathrm{tr}(A),$$
par cyclicité avec $X = P^{-1}A$ et $Y = P$. La trace est donc un **invariant de similitude**.
- Pour un endomorphisme, cela signifie que la trace est indépendante de la base : c'est un
invariant intrinsèque de l'endomorphisme, au même titre que le déterminant ou le spectre.
- **Trace et valeurs propres** : si $\lambda_1, \ldots, \lambda_n$ sont les valeurs propres de
$A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C})$ comptées avec leur multiplicité, alors (par trigonalisation)
$\mathrm{tr}(A) = \lambda_1 + \cdots + \lambda_n$. En particulier $\mathrm{tr}(A^k) =
\lambda_1^k + \cdots + \lambda_n^k$ quand $A$ est diagonalisable.
- **Polynôme caractéristique** : $\chi_A(X) = X^n - \mathrm{tr}(A) X^{n-1} + \cdots +
(-1)^n \det(A)$ : la trace est l'opposé du coefficient de $X^{n-1}$, le déterminant est le terme
constant.
#### 6. Trace d'un endomorphisme
- Définition et bonne définition : $\mathrm{tr}(u)$ ne dépend pas de la base (§1 et §5).
- **Composition** : pour $u, v \in \mathcal{L}(E)$, $\mathrm{tr}(u \circ v) =
\mathrm{tr}(v \circ u)$ (conséquence de la cyclicité sur les matrices).
- Exemples remarquables :
- un **projecteur** $p$ de rang $r$ est diagonalisable de valeurs propres $0$ et $1$, donc
$\mathrm{tr}(p) = r$ (sa trace vaut son rang) ;
- un **endomorphisme nilpotent** a toutes ses valeurs propres nulles, donc
$\mathrm{tr}(u) = 0$ ;
- une **symétrie** $s$ vérifie $s^2 = \mathrm{Id}$ et $\mathrm{tr}(s) = \dim E_1 - \dim E_{-1}$.
#### 7. Exemple récapitulatif
Soient $A = \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 3 & 4 \end{pmatrix}$ et $B = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}$.
- $\mathrm{tr}(A) = 1 + 4 = 5$ et $\mathrm{tr}(A^{\mathsf{T}}) = 5$.
- $AB = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 4 & 3 \end{pmatrix}$ et $BA = \begin{pmatrix} 3 & 4 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}$
ont tous deux pour trace $5$ : on vérifie $\mathrm{tr}(AB) = \mathrm{tr}(BA)$.
- $A^2 = \begin{pmatrix} 7 & 10 \\ 15 & 22 \end{pmatrix}$ a pour trace $29$. Or les valeurs propres
de $A$ vérifient $\lambda_1 + \lambda_2 = 5$ et $\lambda_1 \lambda_2 = -2$, donc
$\lambda_1^2 + \lambda_2^2 = 5^2 - 2 \times (-2) = 29$ : on retrouve bien
$\mathrm{tr}(A^2) = \lambda_1^2 + \lambda_2^2$.
#### 1. Définition d'un polynôme d'endomorphisme et d'un polynôme d'une matrice carrée
Soient $P(X) = a_0 + a_1 X + \cdots + a_n X^n \in \mathbb{K}[X]$ et $u \in \mathcal{L}(E)$.
On définit le **polynôme d'endomorphisme**
$$P(u) = a_0\,\mathrm{Id}_E + a_1 u + \cdots + a_n u^n,$$
avec $u^0 = \mathrm{Id}_E$ et $u^k = \underbrace{u \circ \cdots \circ u}_{k \text{ fois}}$.
De même, pour $A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})$,
$$P(A) = a_0 I_n + a_1 A + \cdots + a_n A^n.$$
L'ensemble $\mathbb{K}[u] = \{P(u),\; P \in \mathbb{K}[X]\}$ est une sous-algèbre commutative de
$\mathcal{L}(E)$. Exemple : si $P(X) = X^2 + 1$, alors $P(u) = u \circ u + \mathrm{Id}_E$.
#### 2. Relation $(PQ)(u) = P(u) \circ Q(u)$
L'application $\varphi_u : \mathbb{K}[X] \to \mathcal{L}(E)$, $P \mapsto P(u)$, est un **morphisme
d'algèbres** : elle est linéaire, envoie $1$ sur $\mathrm{Id}_E$ et
$$(PQ)(u) = P(u) \circ Q(u).$$
La preuve repose sur le cas $P(X) = X^k$, $Q(X) = X^\ell$, où
$u^k \circ u^\ell = u^{k+\ell} = X^{k+\ell}(u)$, puis s'étend par bilinéarité. Pour les matrices :
$(PQ)(A) = P(A)Q(A)$ (produit matriciel ordinaire).
#### 3. Polynôme annulateur
Un polynôme $P$ est **annulateur** de $u$ si $P(u) = 0$.
- Exemples : un projecteur ($u^2 = u$) admet $X^2 - X$ ; une symétrie ($u^2 = \mathrm{Id}$) admet
$X^2 - 1$ ; un endomorphisme nilpotent d'indice $r$ admet $X^r$.
- L'ensemble des polynômes annulateurs est un **idéal** de $\mathbb{K}[X]$ ; son générateur unitaire
est le **polynôme minimal** $\pi_u$, qui divise donc tout polynôme annulateur.
- **Théorème de Cayley-Hamilton** : le polynôme caractéristique $\chi_u$ est annulateur,
$\chi_u(u) = 0$ ; en particulier le polynôme minimal divise $\chi_u$.
- En dimension finie, il existe toujours un polynôme annulateur non nul (car
$\mathcal{L}(E)$ est de dimension finie).
#### 4. Application au calcul de l'inverse
Si $P$ est annulateur de $u$ avec $P(0) \neq 0$, alors $P(X) = a_0 + XQ(X)$ avec $a_0 \neq 0$ et
$$P(u) = a_0\,\mathrm{Id}_E + u \circ Q(u) = 0 \quad\Longrightarrow\quad
u^{-1} = -\frac{1}{a_0}\,Q(u).$$
L'inverse de $u$ est donc un polynôme en $u$. Exemple : si $A^2 - 3A + 2I_2 = 0$, alors
$A(3I_2 - A) = 2I_2$, donc $A^{-1} = \frac{1}{2}(3I_2 - A)$.
#### 5. Application au calcul des puissances d'une matrice
Si $P$ est un polynôme annulateur de degré $d$ de $A$, la division euclidienne
$X^k = P(X)Q(X) + R(X)$ avec $\deg R < d$ donne
$$A^k = P(A)Q(A) + R(A) = R(A).$$
Ainsi, pour tout $k \geq d$, $A^k$ s'exprime comme combinaison linéaire de
$I_n, A, \ldots, A^{d-1}$. Exemples : si $A^2 = A$, alors $A^k = A$ pour tout $k \geq 1$ ; si
$A^2 = I$, alors $A^k = I$ pour $k$ pair et $A^k = A$ pour $k$ impair.
#### 6. Deux polynômes de l'endomorphisme $u$ commutent
Pour tous $P, Q \in \mathbb{K}[X]$,
$$P(u) \circ Q(u) = (PQ)(u) = (QP)(u) = Q(u) \circ P(u).$$
Tous les polynômes en $u$ **commutent deux à deux** ; en particulier $u$ commute avec chaque
$P(u)$. Conséquence : si $u$ est diagonalisable, tous les $P(u)$ le sont, et dans une même base
de vecteurs propres ; de même pour la trigonalisation.
#### 7. Le noyau de $P(u)$ est stable par $u$
Soit $x \in \ker P(u)$. Comme $u$ commute avec $P(u)$ (voir §6),
$$P(u)\big(u(x)\big) = \big(P(u) \circ u\big)(x) = \big(u \circ P(u)\big)(x) = u\big(P(u)(x)\big) = 0.$$
Donc $u(x) \in \ker P(u)$ : le noyau de $P(u)$ est **stable par $u$** (et par tout $Q(u)$). Il en
va de même de $\mathrm{Im}\,P(u)$. C'est le point de départ du **lemme des noyaux** : si $P$ et $Q$
sont premiers entre eux et $PQ$ est annulateur de $u$, alors
$E = \ker P(u) \oplus \ker Q(u)$, et chaque facteur est stable par $u$ — ce qui conduit à la
décomposition spectrale et aux projecteurs spectraux.
#### 8. Adaptation des résultats aux matrices carrées
Tous les résultats ci-dessus s'adaptent mot pour mot aux matrices : $P(A)$, polynômes annulateurs,
polynôme minimal, Cayley-Hamilton $\chi_A(A) = 0$, calcul de $A^{-1}$ et de $A^k$, commutation
$P(A)Q(A) = Q(A)P(A)$, et stabilité de $\ker P(A) \subset \mathbb{K}^n$ par $A$. Le dictionnaire
est : $\mathrm{Id}_E \leftrightarrow I_n$, composition $\leftrightarrow$ produit matriciel,
$\mathcal{L}(E) \leftrightarrow \mathcal{M}_n(\mathbb{K})$. En pratique, on fixe une base et on
travaille avec la matrice de l'endomorphisme ; les polynômes caractéristique et minimal sont des
invariants de similitude, donc indépendants de la base.
#### 9. Exemple récapitulatif
Soit $A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}$.
- On a $\chi_A(X) = (X-1)(X-2) = X^2 - 3X + 2$, et
$A^2 - 3A + 2I_2 = \begin{pmatrix} 1 & 3 \\ 0 & 4 \end{pmatrix} -
\begin{pmatrix} 3 & 3 \\ 0 & 6 \end{pmatrix} + \begin{pmatrix} 2 & 0 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} = 0$ :
on vérifie Cayley-Hamilton.
- **Inverse** : $A(3I_2 - A) = 2I_2$, donc $A^{-1} = \frac{1}{2}(3I_2 - A) =
\begin{pmatrix} 1 & -1/2 \\ 0 & 1/2 \end{pmatrix}$.
- **Puissances** : le reste de $X^k$ modulo $X^2 - 3X + 2$ vaut $R(X) = (2^k - 1)X + (2 - 2^k)$
(car $R(1)=1$ et $R(2)=2^k$), d'où $A^k = (2^k - 1)A + (2 - 2^k)I_2$. Pour $k = 2$ on retrouve
$A^2 = 3A - 2I_2 = \begin{pmatrix} 1 & 3 \\ 0 & 4 \end{pmatrix}$.
#### 1. Base de $\mathbb{K}_n[X]$ : les polynômes interpolateurs de Lagrange
Soient $a_0, a_1, \ldots, a_n$ des éléments **deux à deux distincts** de $\mathbb{K}$. Pour
chaque $i \in \{0, \ldots, n\}$, on définit le **polynôme interpolateur de Lagrange** associé à
$a_i$ :
$$L_i(X) = \prod_{\substack{0 \leq j \leq n \\ j \neq i}} \frac{X - a_j}{a_i - a_j}.$$
- Chaque $L_i$ est de degré $n$ et vérifie la propriété fondamentale
$L_i(a_j) = \delta_{ij}$ (vaut $1$ en $a_i$, $0$ en tous les autres points).
- La famille $(L_0, L_1, \ldots, L_n)$ est une **base de $\mathbb{K}_n[X]$** : elle a $n+1$
éléments et elle est libre, car si $\sum_{i=0}^{n} \lambda_i L_i = 0$, l'évaluation en $a_j$
donne $\lambda_j = 0$ pour tout $j$.
- Exemple : pour $n = 1$, $a_0 = 0$, $a_1 = 1$, on obtient $L_0(X) = 1 - X$ et
$L_1(X) = X$, base usuelle de $\mathbb{K}_1[X]$ (à permutation près).
#### 2. Expression d'un polynôme dans cette base
Pour tout $P \in \mathbb{K}_n[X]$,
$$P(X) = \sum_{i=0}^{n} P(a_i)\, L_i(X).$$
Les **coordonnées de $P$ dans la base de Lagrange sont ses valeurs aux points $a_i$**.
Preuve : le polynôme $Q = P - \sum_i P(a_i) L_i$ est de degré $\leq n$ et s'annule aux $n+1$
points $a_i$ ; il est donc nul.
Application directe — **problème d'interpolation** : étant donnés $n+1$ points $a_i$ distincts et
$n+1$ valeurs $y_i$, l'unique polynôme de degré $\leq n$ tel que $P(a_i) = y_i$ pour tout $i$ est
$$P(X) = \sum_{i=0}^{n} y_i\, L_i(X).$$
#### 3. Somme des polynômes interpolateurs
En appliquant l'expression de la section 2 au polynôme constant $P = 1$, on obtient
$$\sum_{i=0}^{n} L_i(X) = 1.$$
Les polynômes de Lagrange forment une **partition de l'unité**. Plus généralement, pour tout
$k \leq n$,
$$\sum_{i=0}^{n} a_i^k\, L_i(X) = X^k,$$
ce qui fournit une formule d'interpolation des monômes. Cette propriété est utilisée en analyse
numérique : l'interpolée d'une combinaison convexe de valeurs $\sum_i y_i L_i$ respecte les bornes
(min-max) dès que les $y_i$ en sont issues.
#### 4. Déterminant de Vandermonde et lien avec l'interpolation
La **matrice de Vandermonde** associée aux points $a_0, \ldots, a_n$ est
$$V(a_0, \ldots, a_n) =
\begin{pmatrix}
1 & a_0 & a_0^2 & \cdots & a_0^n \\
1 & a_1 & a_1^2 & \cdots & a_1^n \\
\vdots & \vdots & \vdots & & \vdots \\
1 & a_n & a_n^2 & \cdots & a_n^n
\end{pmatrix},$$
et son déterminant vaut
$$\det V = \prod_{0 \leq i < j \leq n} (a_j - a_i).$$
- Ce déterminant est **non nul si et seulement si les points $a_i$ sont deux à deux distincts**.
- **Lien avec l'interpolation** : chercher $P(X) = c_0 + c_1 X + \cdots + c_n X^n$ tel que
$P(a_i) = y_i$ revient à résoudre le système linéaire $V c = y$ (les lignes sont les évaluations
en $a_i$). Le déterminant de Vandermonde étant non nul, le système admet une solution unique :
c'est exactement l'existence et l'unicité du polynôme interpolateur.
- La matrice de passage de la base canonique $(1, X, \ldots, X^n)$ à la base de Lagrange
$(L_0, \ldots, L_n)$ est $V^{-1}$ (selon la convention de représentation) : les formules
d'interpolation et le déterminant de Vandermonde sont deux faces du même problème.
#### 5. Exemple récapitulatif
Prenons $a_0 = 0$, $a_1 = 1$, $a_2 = 2$ et cherchons $P \in \mathbb{R}_2[X]$ tel que
$P(0) = 1$, $P(1) = 2$, $P(2) = 4$.
- Polynômes de Lagrange :
$L_0(X) = \frac{(X-1)(X-2)}{(0-1)(0-2)} = \frac{X^2 - 3X + 2}{2}$,
$L_1(X) = \frac{X(X-2)}{(1)(-1)} = -X^2 + 2X$,
$L_2(X) = \frac{X(X-1)}{2 \cdot 1} = \frac{X^2 - X}{2}$.
- Interpolation : $P(X) = 1 \cdot L_0 + 2 \cdot L_1 + 4 \cdot L_2 =
\frac{X^2 - 3X + 2}{2} - 2X^2 + 4X + 2X^2 - 2X = \frac{X^2 + X + 2}{2}$.
Vérifications : $P(0) = 1$, $P(1) = 2$, $P(2) = 4$.
- Somme : $L_0 + L_1 + L_2 = \frac{X^2 - 3X + 2 - 2X^2 + 4X + X^2 - X}{2} = 1$ : on retrouve la
partition de l'unité.
- Vandermonde : $\det V(0,1,2) = \det \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 1 & 1 & 1 \\ 1 & 2 & 4 \end{pmatrix}
= (1-0)(2-0)(2-1) = 2 \neq 0$ : le système d'interpolation a bien une solution unique.
#### 1. Droite stable par un endomorphisme
Une **droite vectorielle** $D = \mathrm{Vect}(x)$ (avec $x \neq 0$) est **stable par** $u \in
\mathcal{L}(E)$ si $u(D) \subset D$, c'est-à-dire si $u(x) \in D$ : il existe alors $\lambda \in
\mathbb{K}$ tel que
$$u(x) = \lambda x.$$
Cette notion géométrique est le point de départ de la théorie des éléments propres : chercher les
droites stables par $u$ revient à chercher les couples $(\lambda, x)$ vérifiant cette équation.
#### 2. Valeur propre, vecteur propre, sous-espace propre, équation aux éléments propres
- $\lambda \in \mathbb{K}$ est une **valeur propre** de $u$ s'il existe un vecteur **non nul**
$x \in E$ tel que $u(x) = \lambda x$. Un tel $x$ est un **vecteur propre** associé à $\lambda$.
- Le **sous-espace propre** associé à $\lambda$ est
$$E_\lambda(u) = \ker(u - \lambda\,\mathrm{Id}_E) = \{x \in E \mid u(x) = \lambda x\}.$$
Ses éléments non nuls sont exactement les vecteurs propres de valeur propre $\lambda$.
- **Équation aux éléments propres** : $u(x) = \lambda x \iff (u - \lambda\,\mathrm{Id}_E)(x) = 0$.
En dimension finie, $\lambda$ est valeur propre si et seulement si $u - \lambda\,\mathrm{Id}_E$
n'est pas injectif, donc pas bijectif, donc
$\det(u - \lambda\,\mathrm{Id}_E) = 0$ : les valeurs propres sont les **racines du polynôme
caractéristique** $\chi_u$.
#### 3. Stabilité des sous-espaces propres si $u$ et $v$ commutent
Si $u \circ v = v \circ u$ (les endomorphismes **commutent**) et si $x \in E_\lambda(u)$, alors
$$u\big(v(x)\big) = v\big(u(x)\big) = v(\lambda x) = \lambda\,v(x),$$
donc $v(x) \in E_\lambda(u)$. **Chaque sous-espace propre de $u$ est stable par $v$.** Il en va de
même pour tout polynôme $P(u)$ (qui commute avec $u$). Conséquence : deux endomorphismes qui
commutent et sont diagonalisables sont **codiagonalisables** (diagonalisables dans une même base).
#### 4. Spectre d'un endomorphisme, notation $\mathrm{Sp}(u)$
Le **spectre** de $u$ est l'ensemble de ses valeurs propres :
$$\mathrm{Sp}(u) = \{\lambda \in \mathbb{K} \mid \ker(u - \lambda\,\mathrm{Id}_E) \neq \{0\}\}.$$
- En dimension finie, $\mathrm{Sp}(u)$ est l'ensemble des racines de $\chi_u$ **dans
$\mathbb{K}$** : il dépend donc du corps (on écrit parfois $\mathrm{Sp}_\mathbb{K}(u)$).
- $\mathrm{Sp}(u)$ est fini et $|\mathrm{Sp}(u)| \leq \dim E$.
- Exemple : la rotation d'angle $\theta \notin \{0, \pi\}$ dans $\mathbb{R}^2$ n'a aucune valeur
propre réelle ($\mathrm{Sp}_\mathbb{R}(u) = \varnothing$), mais
$\mathrm{Sp}_\mathbb{C}(u) = \{e^{i\theta}, e^{-i\theta}\}$.
#### 5. Somme d'une famille finie de sous-espaces propres
**Théorème** : des vecteurs propres associés à des valeurs propres **deux à deux distinctes**
forment une famille **libre**.
**Corollaire** : la somme des sous-espaces propres est **directe**,
$$\sum_{\lambda \in \mathrm{Sp}(u)} E_\lambda(u) = \bigoplus_{\lambda \in \mathrm{Sp}(u)} E_\lambda(u).$$
Preuve (idée) : si $\sum_i x_i = 0$ avec $x_i \in E_{\lambda_i}$ et $\lambda_i$ distincts,
l'application de $\prod_{j \neq k}(u - \lambda_j\,\mathrm{Id}_E)$ isole $x_k$ et donne
$\prod_{j \neq k}(\lambda_k - \lambda_j)\,x_k = 0$, d'où $x_k = 0$.
Conséquence : $\dim \sum_{\lambda} E_\lambda = \sum_\lambda \dim E_\lambda \leq \dim E$, et $u$ est
**diagonalisable** si et seulement si $E = \bigoplus_{\lambda \in \mathrm{Sp}(u)} E_\lambda(u)$
(ou encore $\sum_\lambda \dim E_\lambda = \dim E$).
#### 6. Valeur propre et polynôme
Si $x$ est un vecteur propre de $u$ pour la valeur propre $\lambda$ et si $P \in \mathbb{K}[X]$,
alors
$$P(u)(x) = P(\lambda)\,x :$$
$x$ est vecteur propre de $P(u)$ pour la valeur propre $P(\lambda)$. Sur un corps algébriquement
clos (ou par trigonalisation),
$$\mathrm{Sp}\big(P(u)\big) = \{P(\lambda) \mid \lambda \in \mathrm{Sp}(u)\}.$$
En particulier $\lambda \in \mathrm{Sp}(u) \Rightarrow \lambda^k \in \mathrm{Sp}(u^k)$, et si
$P$ est un polynôme annulateur de $u$ ($P(u) = 0$), alors $P(\lambda) = 0$ pour tout
$\lambda \in \mathrm{Sp}(u)$.
#### 7. Valeur propre, vecteur propre et spectre d'une matrice carrée
Les définitions s'adaptent mot pour mot aux matrices : $\lambda \in \mathbb{K}$ est **valeur
propre** de $A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})$ s'il existe une **colonne non nulle**
$X \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{K})$ telle que $AX = \lambda X$. Alors
$$\mathrm{Sp}(A) = \{\lambda \in \mathbb{K} \mid \det(A - \lambda I_n) = 0\},$$
ensemble des racines du polynôme caractéristique $\chi_A(X) = \det(XI_n - A)$.
- Si $u$ est représenté par $A = \mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$ dans une base $\mathcal{B}$, alors
$\mathrm{Sp}(u) = \mathrm{Sp}(A)$ : le spectre est un **invariant de similitude**, indépendant de
la base.
- Tous les résultats des sections précédentes (sous-espaces propres $= \ker(A - \lambda I_n)$,
somme directe, diagonalisabilité, valeurs propres de $P(A)$) restent valables.
#### 8. Exemple récapitulatif
Soit $A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}$ (endomorphisme de $\mathbb{R}^2$).
- $\chi_A(X) = (X - 2)^2$ : $\mathrm{Sp}(A) = \{2\}$, valeur propre double.
- Sous-espace propre : $E_2 = \ker(A - 2I_2) = \ker \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} =
\mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \end{pmatrix}$, de dimension $1$.
- $\dim E_2 = 1 < 2 = \dim \mathbb{R}^2$ : $A$ **n'est pas diagonalisable** (le bloc $1$ hors
diagonale l'empêche).
- Avec $P(X) = X^2$ : $\mathrm{Sp}(A^2) = \{4\}$ et $A^2 = \begin{pmatrix} 4 & 4 \\ 0 & 4 \end{pmatrix}$
: on vérifie que $\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \end{pmatrix}$ est encore vecteur propre de $A^2$ pour la
valeur propre $4 = P(2)$.
#### 1. Définition : matrice carrée et endomorphisme
Pour $A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})$, le **polynôme caractéristique** de $A$ est
$$\chi_A(X) = \det(X I_n - A).$$
C'est un polynôme de degré $n$, **unitaire** (son coefficient dominant vaut $1$). Pour un
endomorphisme $u$ d'un $\mathbb{K}$-espace vectoriel $E$ de dimension finie $n$, on pose
$\chi_u = \chi_{\mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)}$ dans une base $\mathcal{B}$ quelconque : la définition
est légitime car le résultat ne dépend pas de la base (voir §8).
*Convention* : certains ouvrages définissent $\det(A - XI_n) = (-1)^n \chi_A(X)$ ; on utilise ici
$\det(XI_n - A)$, ce qui rend $\chi_A$ unitaire.
#### 2. Notations
- $\chi_A$, $\chi_u$ (parfois notés $P_A$, $P_u$, ou $\det(XI - A)$).
- Pour un endomorphisme : $\chi_u = \chi_{\mathrm{Mat}(u)}$ ; $\chi_u$ et $\chi_A$ sont des
polynômes de $\mathbb{K}[X]$.
- Évaluation en $0$ : $\chi_A(0) = \det(-A) = (-1)^n \det(A)$, ce qui relie les sections 1 et 3.
#### 3. Coefficients de degré $0$ et $n-1$
Pour $A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})$,
$$\chi_A(X) = X^n - \mathrm{tr}(A)\, X^{n-1} + \cdots + (-1)^n \det(A).$$
- **Coefficient de $X^{n-1}$** : $-\mathrm{tr}(A)$ (l'opposé de la trace).
- **Coefficient constant** : $(-1)^n \det(A)$ (terme de degré $0$).
- Exemple : pour $n = 2$, $\chi_A(X) = X^2 - \mathrm{tr}(A)X + \det(A)$.
#### 4. Valeurs propres et racines du polynôme caractéristique
$\lambda \in \mathbb{K}$ est valeur propre de $A$ (ou de $u$) si et seulement si
$\det(A - \lambda I_n) = 0$, c'est-à-dire si et seulement si $\lambda$ est **racine de
$\chi_A$** :
$$\mathrm{Sp}(A) = \{\lambda \in \mathbb{K} \mid \chi_A(\lambda) = 0\}.$$
En dimension finie, les valeurs propres sont donc exactement les racines de $\chi_A$ **dans
$\mathbb{K}$** — d'où l'importance du corps de travail.
#### 5. Cas des matrices réelles
Si $A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R})$, alors $\chi_A \in \mathbb{R}[X]$ : ses racines complexes
éventuelles vont **par paires conjuguées**. Plus précisément :
- si $\lambda \in \mathbb{C}$ est valeur propre de $A$ de vecteur propre $X \in \mathbb{C}^n$,
alors $\overline{\lambda}$ est valeur propre de vecteur propre $\overline{X}$, avec la même
multiplicité ;
- $\mathrm{Sp}_\mathbb{R}(A)$ peut être vide (exemple : rotation d'angle
$\theta \notin \{0,\pi\}$, dont le polynôme $X^2 - 2\cos\theta\, X + 1$ n'a pas de racine réelle),
alors que $\mathrm{Sp}_\mathbb{C}(A) = \{e^{i\theta}, e^{-i\theta}\}$ ;
- une matrice réelle de **taille impaire** a toujours au moins une valeur propre réelle (polynôme
de degré impair à coefficients réels).
#### 6. Multiplicité d'une valeur propre
- **Multiplicité algébrique** $m_a(\lambda)$ : ordre de multiplicité de $\lambda$ comme racine de
$\chi_A$. Sur $\mathbb{C}$, $\sum_\lambda m_a(\lambda) = n$ (le polynôme est scindé).
- **Multiplicité géométrique** $m_g(\lambda) = \dim E_\lambda = \dim \ker(A - \lambda I_n)$.
- On a toujours $1 \leq m_g(\lambda) \leq m_a(\lambda)$ (voir §7).
#### 7. Majoration de la dimension d'un sous-espace propre
**Théorème** : pour toute valeur propre $\lambda$,
$$\dim E_\lambda \leq m_a(\lambda).$$
Preuve (idée) : on complète une base de $E_\lambda$ en une base de $E$ ; la matrice de $u$ y est
triangulaire par blocs avec le bloc $\lambda I_r$ en haut à gauche, donc
$(X - \lambda)^r$ divise $\chi_u$, d'où $r = \dim E_\lambda \leq m_a(\lambda)$.
Conséquence : $u$ est diagonalisable si et seulement si $m_g(\lambda) = m_a(\lambda)$ pour toute
valeur propre $\lambda$ (ou $\sum_\lambda \dim E_\lambda = n$).
#### 8. Polynôme caractéristique et similitude
Si $B = P^{-1}AP$ ($A$ et $B$ semblables), alors
$$\chi_B(X) = \det(XI_n - P^{-1}AP) = \det\big(P^{-1}(XI_n - A)P\big) = \det(XI_n - A) = \chi_A(X).$$
Deux matrices semblables ont le **même polynôme caractéristique** (et donc même trace, même
déterminant, même spectre). C'est ce qui rend $\chi_u$ indépendant de la base.
**Attention** : la réciproque est fausse — $\chi_A = \chi_B$ n'implique pas que $A$ et $B$ soient
semblables (contre-exemple : $\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}$ et $I_2$ ont tous deux
$(X-1)^2$ pour polynôme caractéristique).
#### 9. Cayley-Hamilton
**Théorème de Cayley-Hamilton** : le polynôme caractéristique est un **polynôme annulateur**,
$$\chi_u(u) = 0 \quad \text{et} \quad \chi_A(A) = 0.$$
Conséquences :
- le **polynôme minimal** $\pi_A$ divise $\chi_A$ ;
- si $A$ est inversible, $A^{-1}$ est un polynôme en $A$ : de $\chi_A(A) = 0$ et
$\det A \neq 0$ on isole $I_n$ (par exemple, pour $n = 2$ : $A^{-1} = \frac{\mathrm{tr}(A)I_2 - A}{\det A}$) ;
- les puissances $A^k$ se réduisent par division euclidienne par $\chi_A$ (combinaison linéaire de
$I_n, A, \ldots, A^{n-1}$).
#### 10. Exemple récapitulatif
Soit $A = \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 3 & 4 \end{pmatrix}$.
- $\chi_A(X) = X^2 - \mathrm{tr}(A)X + \det(A) = X^2 - 5X - 2$ (unitaire, degré $2$ ; coefficient
constant $(-1)^2(-2) = -2$).
- Valeurs propres : racines $X^2 - 5X - 2 = 0$, soit $\lambda_\pm = \frac{5 \pm \sqrt{33}}{2}$,
deux réels distincts : $m_a = 1$ et $m_g = 1$ pour chacune, $A$ est diagonalisable.
- Cayley-Hamilton : $A^2 - 5A - 2I_2 = 0$, ce qu'on vérifie par le calcul
($A^2 = \begin{pmatrix} 7 & 10 \\ 15 & 22 \end{pmatrix}$).
- Inverse : $A^{-1} = \frac{5I_2 - A}{2} = \begin{pmatrix} 2 & -1 \\ -3/2 & 1/2 \end{pmatrix}$, et
$A \cdot A^{-1} = I_2$.
#### 1. Définition de la diagonalisabilité d'un endomorphisme
Soit $u \in \mathcal{L}(E)$, avec $\dim E = n < +\infty$. On dit que $u$ est **diagonalisable**
s'il existe une **base de $E$ constituée de vecteurs propres** de $u$. Dans une telle base, la
matrice de $u$ est diagonale, les coefficients diagonaux étant les valeurs propres (chacune
répétée $\dim E_\lambda$ fois).
- Équivalent : $u$ est semblable à une matrice diagonale, i.e. il existe une base $\mathcal{B}$
telle que $\mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$ soit diagonale.
- Exemples : l'identité, les homothéties, les **projecteurs** ($u^2 = u$, toujours
diagonalisables), les **symétries** ($u^2 = \mathrm{Id}$). Un endomorphisme **nilpotent non
nul** n'est pas diagonalisable.
#### 2. Définition pour une matrice carrée, application au calcul des puissances
$A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})$ est **diagonalisable** s'il existe $P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{K})$
et une matrice diagonale $D = \mathrm{diag}(\lambda_1, \ldots, \lambda_n)$ telles que
$$A = P D P^{-1}.$$
Les colonnes de $P$ sont des vecteurs propres de $A$, et les $\lambda_i$ les valeurs propres
associées.
**Application — calcul des puissances** : comme $D^k = \mathrm{diag}(\lambda_1^k, \ldots,
\lambda_n^k)$,
$$A^k = P D^k P^{-1} = P\,\mathrm{diag}(\lambda_1^k, \ldots, \lambda_n^k)\,P^{-1}.$$
Le calcul de $A^k$ se ramène à $n$ puissances scalaires. Plus généralement, pour tout polynôme
$Q$, $Q(A) = P\,\mathrm{diag}(Q(\lambda_1), \ldots, Q(\lambda_n))\,P^{-1}$ (calcul fonctionnel).
#### 3. Diagonalisabilité et sous-espaces propres
**Théorème** : $u$ est diagonalisable si et seulement si
$$E = \bigoplus_{\lambda \in \mathrm{Sp}(u)} E_\lambda(u),$$
c'est-à-dire si et seulement si la somme des sous-espaces propres est directe et vaut $E$ tout
entier. De façon équivalente :
$$\sum_{\lambda \in \mathrm{Sp}(u)} \dim E_\lambda(u) = n = \dim E.$$
**Méthode** : on calcule $\chi_u$, on détermine $\mathrm{Sp}(u)$, puis on vérifie que
$\dim E_\lambda = m_a(\lambda)$ pour chaque valeur propre (la dimension du sous-espace propre se
calcule comme $n - \mathrm{rg}(u - \lambda\,\mathrm{Id}_E)$). Cas particulier important : si $u$
possède $n$ **valeurs propres deux à deux distinctes**, alors $u$ est automatiquement
diagonalisable (chaque $\dim E_\lambda \geq 1 = m_a(\lambda)$).
#### 4. Diagonalisabilité et polynôme caractéristique
- **Condition nécessaire** : $\chi_u$ doit être **scindé sur $\mathbb{K}$**. S'il a une racine
hors de $\mathbb{K}$ (exemple : $X^2 + 1$ sur $\mathbb{R}$), $u$ n'est pas diagonalisable sur
$\mathbb{K}$ (il peut l'être sur une extension, par exemple $\mathbb{C}$).
- **Cas 1 — racines simples** : si $\chi_u$ est scindé et **à racines simples** (n racines
distinctes), alors $u$ est diagonalisable.
- **Cas 2 — racines multiples** : $\chi_u$ scindé ne suffit pas ; il faut en plus l'égalité
$\dim E_\lambda = m_a(\lambda)$ pour chaque $\lambda$. Contre-exemple :
$A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}$ a pour polynôme caractéristique
$(X-1)^2$ (scindé), mais $\dim E_1 = 1 < 2 = m_a(1)$ : $A$ n'est pas diagonalisable.
- **Lien avec les polynômes annulateurs** : $u$ est diagonalisable si et seulement s'il possède un
polynôme annulateur **scindé à racines simples** (exemple : un projecteur vérifie
$X^2 - X = X(X-1)$).
#### 5. Exemple récapitulatif
Soit $A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 0 & 3 \end{pmatrix}$.
- $\chi_A(X) = (X-2)(X-3)$ : scindé à racines simples $\{2, 3\}$ → $A$ est diagonalisable.
- Sous-espaces propres : $E_2 = \ker(A - 2I_2) = \ker\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}
= \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \end{pmatrix}$ et $E_3 = \ker(A - 3I_2) =
\ker\begin{pmatrix} -1 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \end{pmatrix}$.
On a bien $E_2 \oplus E_3 = \mathbb{R}^2$ et $\dim E_2 + \dim E_3 = 1 + 1 = 2$.
- Avec $P = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}$ (colonnes $= $ vecteurs propres),
$A = P\,\mathrm{diag}(2, 3)\,P^{-1}$ et $P^{-1} = \begin{pmatrix} 1 & -1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}$.
- Puissances : $A^k = P\,\mathrm{diag}(2^k, 3^k)\,P^{-1} =
\begin{pmatrix} 2^k & 3^k - 2^k \\ 0 & 3^k \end{pmatrix}$, ce qui donne bien $A$ pour $k = 1$.
#### 1. Caractérisation par un polynôme annulateur scindé à racines simples
**Théorème** : $u \in \mathcal{L}(E)$ (avec $\dim E < +\infty$) est **diagonalisable si et
seulement si** il existe un polynôme annulateur de $u$ qui est **scindé sur $\mathbb{K}$ et à
racines simples**.
- *Sens direct* : si $u$ est diagonalisable et $\mathrm{Sp}(u) = \{\lambda_1, \ldots, \lambda_r\}$,
alors $P(X) = \prod_{i=1}^{r}(X - \lambda_i)$ est annulateur : sur chaque $E_{\lambda_i}$, le
facteur $(u - \lambda_i\,\mathrm{Id}_E)$ s'annule, et les facteurs commutent entre eux.
- *Réciproque* : si $P(u) = 0$ avec $P = \prod_{i=1}^{r}(X - \lambda_i)$ et $\lambda_i$ distincts,
le lemme de décomposition des noyaux (voir §2) donne
$E = \bigoplus_{i=1}^{r} \ker(u - \lambda_i\,\mathrm{Id}_E) = \bigoplus_{i=1}^{r} E_{\lambda_i}$,
donc $u$ est diagonalisable.
- Exemples : un **projecteur** ($u^2 = u$) admet $X^2 - X = X(X-1)$, scindé à racines simples ;
une **symétrie** ($u^2 = \mathrm{Id}$) admet $(X-1)(X+1)$ ; un endomorphisme nilpotent non nul
n'admet que des annulateurs à racine $0$ multiple (comme $X^r$), donc n'est pas diagonalisable.
#### 2. Lemme de décomposition des noyaux
**Lemme** : soient $P_1, \ldots, P_r \in \mathbb{K}[X]$ **premiers entre eux deux à deux** et
$P = P_1 \cdots P_r$. Alors
$$\ker P(u) = \bigoplus_{i=1}^{r} \ker P_i(u).$$
*Idée de preuve* : pour chaque $i$, les polynômes $P_i$ et $\prod_{j \neq i} P_j$ sont premiers
entre eux ; par Bézout, il existe $U_i, V_i$ tels que
$U_i P_i + V_i \prod_{j \neq i} P_j = 1$, d'où un projecteur $p_i = \big(V_i \prod_{j \neq i}
P_j\big)(u)$ sur $\ker P_i(u)$, et la somme est directe.
Application fondamentale : avec $P_i = X - \lambda_i$, on retrouve la décomposition en
sous-espaces propres de la section 1. Le lemme sert aussi à décomposer $E$ selon les facteurs du
polynôme minimal (décomposition de Dunford).
#### 3. Endomorphisme induit sur un sous-espace stable
Si $F$ est un sous-espace **stable** par $u$, l'endomorphisme **induit**
$u_{|F} : F \to F$ est bien défini. **Si $u$ est diagonalisable, alors $u_{|F}$ est
diagonalisable pour tout sous-espace stable $F$.**
*Preuve* : tout polynôme annulateur de $u$ annule aussi $u_{|F}$ ; en particulier $u_{|F}$ admet
le polynôme scindé à racines simples de la section 1, donc est diagonalisable par la même
caractérisation.
Conséquences : les sous-espaces propres $E_\lambda$, les noyaux $\ker P(u)$ et les images
$\mathrm{Im}\,P(u)$ sont stables par $u$ ; les endomorphismes induits correspondants sont donc
diagonalisables.
#### 4. Caractérisation par le produit $\prod_{\lambda \in \mathrm{Sp}(u)}(X - \lambda)$
**Théorème** : $u$ est diagonalisable si et seulement si le polynôme
$$P_u(X) = \prod_{\lambda \in \mathrm{Sp}(u)} (X - \lambda),$$
produit des $(X - \lambda)$ pour $\lambda$ parcourant le **spectre** de $u$ (chaque valeur propre
avec l'exposant $1$), est un **polynôme annulateur** de $u$.
C'est le cas particulier « minimal » de la section 1 : $P_u$ est scindé à racines simples par
construction, et c'est le plus petit candidat possible (on ne peut pas retirer de facteur sans
perdre une valeur propre). De façon équivalente :
$$u \text{ diagonalisable} \iff \text{le polynôme minimal } \pi_u \text{ est scindé à racines simples}.$$
À comparer avec le polynôme caractéristique $\chi_u = \prod_{\lambda}(X - \lambda)^{m_a(\lambda)}$ :
la diagonalisabilité exige que les **exposants** $m_a(\lambda)$ retombent à $1$ dans $\pi_u$ (ou,
de façon équivalente, que $\dim E_\lambda = m_a(\lambda)$ pour tout $\lambda$).
#### 5. Exemple récapitulatif
- $A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}$ : $\chi_A(X) = (X-1)(X-2)$ ; par
Cayley-Hamilton, $(A - I_2)(A - 2I_2) = 0$, ce qu'on vérifie directement :
$(A - I_2)(A - 2I_2) = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}
\begin{pmatrix} -1 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} = 0$. Le polynôme $(X-1)(X-2)$ est scindé à racines
simples et annulateur : $A$ est diagonalisable, avec
$E = \ker(A - I_2) \oplus \ker(A - 2I_2)$ (lemme des noyaux).
- $A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}$ : $\chi_A = (X-1)^2$ ; le polynôme minimal est
$(X-1)^2$, qui n'est pas à racines simples : le produit $P_u(X) = X - 1$ (spectre $\{1\}$) n'est
pas annulateur (car $A - I_2 \neq 0$), donc $A$ **n'est pas diagonalisable**.
- **Projecteur** : $p^2 = p$, donc $P(X) = X(X-1)$ est annulateur et
$E = \ker p \oplus \ker(p - \mathrm{Id}_E) = \ker p \oplus \mathrm{Im}\,p$ : $p$ est
diagonalisable, et la restriction de $p$ à tout sous-espace stable (par exemple $\ker p$) reste
diagonalisable.
#### 1. Définition
Soit $u \in \mathcal{L}(E)$ avec $\dim E = n$. On dit que $u$ est **trigonalisable** s'il existe
une base $\mathcal{B}$ de $E$ dans laquelle la matrice de $u$ est **triangulaire supérieure** :
$$\mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u) = \begin{pmatrix} \lambda_1 & & * \\ & \ddots & \\ 0 & & \lambda_n \end{pmatrix}.$$
Les coefficients diagonaux $\lambda_i$ sont alors les **valeurs propres** de $u$, chacune répétée
$m_a(\lambda)$ fois. Tout endomorphisme diagonalisable est trigonalisable (une matrice diagonale
est triangulaire) ; la réciproque est fausse (voir §4). Pour une matrice : $A$ est trigonalisable
si elle est semblable à une matrice triangulaire supérieure.
#### 2. Trace et déterminant
Si $u$ est trigonalisable et que $T = \mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$ est triangulaire de diagonale
$(\lambda_1, \ldots, \lambda_n)$, alors
$$\mathrm{tr}(u) = \mathrm{tr}(T) = \sum_{i=1}^{n} \lambda_i
\quad\text{et}\quad
\det(u) = \det(T) = \prod_{i=1}^{n} \lambda_i.$$
La trace (resp. le déterminant) vaut donc la **somme** (resp. le **produit**) des valeurs propres
comptées avec leur multiplicité. Comme la trace et le déterminant sont des invariants de
similitude, ces formules restent vraies dans n'importe quelle base, et coïncident avec les
coefficients du polynôme caractéristique (voir §4). Plus généralement,
$\mathrm{tr}(u^k) = \sum_i \lambda_i^k$, car $u^k$ est semblable à $T^k$, triangulaire de diagonale
$(\lambda_1^k, \ldots, \lambda_n^k)$.
#### 3. Application aux matrices carrées
Les résultats se transposent aux matrices : $A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})$ est trigonalisable
s'il existe $P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{K})$ et une matrice triangulaire supérieure $T$ telles que
$A = P T P^{-1}$. Concrètement, même lorsque $A$ n'est pas diagonalisable mais seulement
trigonalisable (exemple : un bloc de Jordan $\begin{pmatrix} \lambda & 1 \\ 0 & \lambda \end{pmatrix}$),
on peut encore :
- **calculer les puissances** : $A^k = P\,T^k\,P^{-1}$, où $T^k$ est triangulaire supérieure et se
calcule aisément (par exemple en écrivant $T = \lambda I_n + N$ avec $N$ nilpotent et en
développant par le binôme) ;
- **lire la trace et le déterminant** sur la diagonale ;
- **retrouver le polynôme caractéristique** comme $\prod_i (X - \lambda_i)$.
#### 4. Équivalence trigonalisable et polynôme caractéristique scindé
**Théorème** : $u$ (ou $A$) est trigonalisable sur $\mathbb{K}$ **si et seulement si** son
polynôme caractéristique est **scindé sur $\mathbb{K}$** :
$$\chi_u(X) = \prod_{i=1}^{n}(X - \lambda_i), \quad \lambda_i \in \mathbb{K}.$$
*Idée de preuve* :
- *Sens direct* : si $u$ est représenté par une matrice triangulaire $T$ de diagonale
$(\lambda_i)$, alors $\chi_u = \det(XI_n - T) = \prod_i (X - \lambda_i)$, qui est scindé.
- *Réciproque* : par récurrence sur $n$. $\chi_u$ scindé admet une racine $\lambda_1$, donc un
vecteur propre $e_1$ ; on complète en une base dans laquelle la matrice est
$\begin{pmatrix} \lambda_1 & * \\ 0 & B \end{pmatrix}$, avec $\chi_B$ lui-même scindé, et on
conclut par hypothèse de récurrence.
Conséquence : $u$ est **diagonalisable** si et seulement s'il est **trigonalisable** et
$\dim E_\lambda = m_a(\lambda)$ pour toute valeur propre $\lambda$.
#### 5. Cas de $\mathcal{M}_n(\mathbb{C})$
Le corps $\mathbb{C}$ est **algébriquement clos** (théorème de d'Alembert-Gauss) : tout polynôme
de $\mathbb{C}[X]$ est scindé. Par le théorème de la section 4, **toute matrice (ou tout
endomorphisme) sur $\mathbb{C}$ est trigonalisable**. C'est ce qui garantit sur $\mathbb{C}$ les
résultats généraux : trace = somme des valeurs propres, déterminant = produit des valeurs propres,
$\mathrm{tr}(u^k) = \sum \lambda_i^k$, la décomposition de Dunford ($u = d + n$ avec $d$
diagonalisable et $n$ nilpotent qui commutent) et, en affinant, la réduction de Jordan.
*Contraste* : sur $\mathbb{R}$, une matrice peut ne pas être trigonalisable (la rotation
$R = \begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}$ a pour polynôme caractéristique $X^2 + 1$,
non scindé sur $\mathbb{R}$), alors qu'elle l'est sur $\mathbb{C}$.
#### 6. Exemple récapitulatif
- $A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}$ est déjà triangulaire supérieure : elle est
trigonalisable, $\chi_A = (X-2)^2$ est scindé, $\mathrm{tr}(A) = 4 = 2 + 2$ et
$\det(A) = 4 = 2 \times 2$. Elle n'est pas diagonalisable car $\dim E_2 = 1 < 2$.
- $A = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 0 \\ 0 & 1 & 1 \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}$ (bloc de Jordan) :
trigonalisable sur $\mathbb{C}$ (et sur $\mathbb{R}$), $\chi_A = (X-1)^3$,
$\mathrm{tr}(A) = 3$, $\det(A) = 1$.
- $R = \begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}$ : $\chi_R = X^2 + 1$ n'est pas scindé sur
$\mathbb{R}$, donc $R$ n'est **pas trigonalisable sur $\mathbb{R}$**, mais elle l'est sur
$\mathbb{C}$ (diagonalisable, valeurs propres $\pm i$).
#### 1. Une isométrie conserve la norme
Soit $E$ un espace euclidien (espace vectoriel réel de dimension finie muni d'un produit scalaire
$\langle \cdot, \cdot \rangle$). Un endomorphisme $u \in \mathcal{L}(E)$ est une **isométrie
vectorielle** (ou endomorphisme orthogonal) si elle **conserve la norme** :
$$\|u(x)\| = \|x\| \quad \text{pour tout } x \in E.$$
Elle conserve aussi les distances : $\|u(x) - u(y)\| = \|x - y\|$. Une isométrie est
**injective** ($u(x) = 0 \Rightarrow \|x\| = 0 \Rightarrow x = 0$), donc **bijective** en
dimension finie ; en particulier $u^{-1}$ est aussi une isométrie.
#### 2. Exemples : symétries, réflexions, rotations
- **Symétrie orthogonale** par rapport à un sous-espace $F$ : $s_{|F} = \mathrm{Id}_F$ et
$s_{|F^\perp} = -\mathrm{Id}_{F^\perp}$. C'est une isométrie.
- **Réflexion** : symétrie orthogonale par rapport à un hyperplan $H$,
$s_H(x) = x - 2\,\dfrac{\langle x, n \rangle}{\|n\|^2}\,n$ où $n$ est un vecteur normal à $H$ ;
c'est une isométrie de déterminant $-1$.
- **Rotations du plan** : matrices $R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\
\sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix}$, isométries de déterminant $+1$ ; l'identité et la
symétrie centrale $-\mathrm{Id}$ en sont des cas particuliers.
- Dans $\mathbb{R}^3$ : rotations d'axe une droite, réflexions par rapport à un plan, symétries
orthogonales, retournements.
#### 3. Une isométrie conserve le produit scalaire
$u$ est une isométrie si et seulement si
$$\langle u(x), u(y) \rangle = \langle x, y \rangle \quad \text{pour tous } x, y \in E.$$
Cela découle de la **formule de polarisation** $\langle x, y \rangle =
\frac{1}{4}\big(\|x+y\|^2 - \|x-y\|^2\big)$, qui exprime le produit scalaire à partir de la norme.
En particulier, une isométrie **conserve l'orthogonalité** : $x \perp y \Rightarrow u(x) \perp u(y)$.
#### 4. Image d'une base orthonormée par une isométrie
**Théorème** : $u$ est une isométrie si et seulement si l'image par $u$ de **toute** base
orthonormée est une base orthonormée.
Traduction matricielle : si $\mathcal{B}$ est une base orthonormée et $A = \mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$,
alors $u$ est une isométrie si et seulement si **les colonnes de $A$ forment une famille
orthonormée**, ce qui équivaut à
$$A^{\mathsf{T}} A = I_n \iff A^{-1} = A^{\mathsf{T}} \iff A A^{\mathsf{T}} = I_n.$$
De telles matrices sont dites **orthogonales** : leurs colonnes (et leurs lignes) sont
orthonormées.
#### 5. Le groupe orthogonal
L'ensemble des isométries vectorielles de $E$ est un **groupe pour la composition**, noté
$\mathrm{O}(E)$ : sous-groupe de $\mathrm{GL}(E)$. En matrices (dans une base orthonormée),
$$\mathrm{O}(n) = \{A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid A^{\mathsf{T}}A = I_n\}.$$
- **Déterminant** : pour $A \in \mathrm{O}(n)$, $\det(A)^2 = \det(A^{\mathsf{T}})\det(A) =
\det(A^{\mathsf{T}}A) = 1$, donc $\det(A) = \pm 1$ : une isométrie préserve les volumes en
valeur absolue.
- Le sous-ensemble $\mathrm{SO}(E) = \{u \in \mathrm{O}(E) \mid \det u = 1\}$ (matrices :
$\mathrm{SO}(n)$) est le **groupe spécial orthogonal** (rotations), sous-groupe distingué
d'indice $2$ de $\mathrm{O}(E)$.
#### 6. Notation $\mathrm{O}(E)$
- $\mathrm{O}(E)$ désigne le groupe orthogonal de l'espace euclidien $E$ ; on écrit
$\mathrm{O}(n)$ ou $\mathrm{O}_n(\mathbb{R})$ pour la version matricielle, et
$\mathrm{SO}(E)$ / $\mathrm{SO}(n)$ pour le sous-groupe de déterminant $1$.
- **Attention** : $\mathrm{O}(E)$ dépend du produit scalaire choisi sur $E$ : deux produits
scalaires différents définissent deux groupes orthogonaux différents.
- Toute isométrie de $E$ est un automorphisme : $\mathrm{O}(E) \subset \mathrm{GL}(E)$, et
$|\det u| = 1$ pour tout $u \in \mathrm{O}(E)$.
#### 7. Stabilité de l'orthogonal d'un sous-espace stable
**Théorème** : si $F$ est un sous-espace **stable** par une isométrie $u$, alors $F^\perp$ est
aussi stable par $u$.
*Preuve* : soit $y \in F^\perp$ et $x \in F$. Comme $u$ est bijective et $F$ stable,
$u(F) \subset F$ et $\dim u(F) = \dim F$, donc $u(F) = F$ : il existe $x' \in F$ avec
$x = u(x')$. Alors
$$\langle u(y), x \rangle = \langle u(y), u(x') \rangle = \langle y, x' \rangle = 0,$$
d'où $u(y) \in F^\perp$.
Conséquence : $E = F \oplus F^\perp$ avec $F$ et $F^\perp$ stables : dans une base adaptée, la
matrice de $u$ est diagonale par blocs $\begin{pmatrix} A_F & 0 \\ 0 & A_{F^\perp} \end{pmatrix}$
avec $A_F \in \mathrm{O}(F)$ et $A_{F^\perp} \in \mathrm{O}(F^\perp)$. C'est le point de départ de
la réduction des isométries (classification des rotations de $\mathbb{R}^3$, réduction en blocs de
rotation/réflexion).
#### 8. Exemple récapitulatif
- **Réflexion d'axe la droite $y = x$** dans $\mathbb{R}^2$ : $A = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\
1 & 0 \end{pmatrix}$. On vérifie $A^{\mathsf{T}}A = I_2$ et $\det A = -1$ : c'est une isométrie ;
l'image de la base canonique, $(e_2, e_1)$, est bien une base orthonormée.
- **Rotation** $R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta
\end{pmatrix}$ : $R_\theta^{\mathsf{T}}R_\theta = I_2$, $\det R_\theta = 1$,
$R_\theta^{-1} = R_{-\theta} = R_\theta^{\mathsf{T}}$.
- **Stabilité de l'orthogonal** : pour la rotation de $\mathbb{R}^3$ d'axe $Oz$ (angle $\theta$),
le plan $F = \mathrm{Vect}(e_1, e_2)$ est stable, et l'axe $F^\perp = \mathrm{Vect}(e_3)$ est
lui aussi stable (les vecteurs de l'axe sont fixes) : la matrice est
$\begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta & 0 \\ \sin\theta & \cos\theta & 0 \\ 0 & 0 & 1
\end{pmatrix}$.
#### 1. Définition et interprétation en colonnes et lignes
Une matrice $A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R})$ est **orthogonale** si
$$A^{\mathsf{T}} A = I_n \iff A^{-1} = A^{\mathsf{T}} \iff A A^{\mathsf{T}} = I_n.$$
- **Interprétation en colonnes** : $A^{\mathsf{T}}A = I_n$ signifie que les colonnes
$C_1, \ldots, C_n$ de $A$ vérifient $C_i \cdot C_j = \delta_{ij}$ (produit scalaire canonique de
$\mathbb{R}^n$) : les colonnes forment une **famille orthonormée**, donc une base orthonormée.
- **Interprétation en lignes** : $AA^{\mathsf{T}} = I_n$ signifie de même que les **lignes** de
$A$ forment une base orthonormée.
- Exemples : $R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta
\end{pmatrix}$, $\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}$, et plus généralement toute
matrice de permutation.
#### 2. Caractérisation comme matrice de changement de base orthonormée
**Théorème** : une matrice $P$ est orthogonale si et seulement si c'est la **matrice de passage**
d'une base orthonormée à une autre base orthonormée.
En effet, les colonnes de $P$ sont les coordonnées dans $\mathcal{B}$ des vecteurs de
$\mathcal{B}'$ ; elles forment une base orthonormée ssi $\mathcal{B}'$ est orthonormée, ssi
$P^{\mathsf{T}}P = I_n$. Conséquence : si $G$ est la matrice de Gram d'une famille de vecteurs,
elle se transforme en $G' = P^{\mathsf{T}} G P$ lors d'un changement de base orthonormée — et
$G' = G$ lorsque la famille est elle-même orthonormée.
#### 3. Caractérisation d'une isométrie par sa matrice dans une base orthonormée
**Théorème** : soit $\mathcal{B}$ une base orthonormée de $E$ et $A = \mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$.
Alors $u$ est une **isométrie vectorielle** si et seulement si $A$ est **orthogonale**.
Cela découle de la section 1 : $u$ conserve le produit scalaire ssi l'image de la base
orthonormée $\mathcal{B}$ est une base orthonormée, ssi les colonnes de $A$ sont orthonormées.
Ainsi, dans une base orthonormée, les isométries et les matrices orthogonales sont les deux faces
d'une même notion.
#### 4. Terminologie
- **Automorphisme orthogonal** / **isométrie vectorielle** / **endomorphisme orthogonal** :
endomorphisme $u$ d'un espace euclidien qui conserve la norme (ou, de façon équivalente, le
produit scalaire) : $\langle u(x), u(y) \rangle = \langle x, y \rangle$ pour tous $x, y$.
- En dimension finie, un tel endomorphisme est automatiquement **bijectif** (isométrie injective).
- Version matricielle : **matrice orthogonale** (section 1). La terminologie « automorphisme »
insiste sur le fait que $u \in \mathrm{GL}(E)$.
#### 5. Groupe orthogonal
L'ensemble des matrices orthogonales est un groupe pour le produit matriciel, noté
$$\mathrm{O}(n) = \{A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid A^{\mathsf{T}}A = I_n\},$$
aussi noté $\mathrm{O}_n(\mathbb{R})$ ; c'est un sous-groupe de $\mathrm{GL}_n(\mathbb{R})$.
Stabilité : si $A, B \in \mathrm{O}(n)$, alors $(AB)^{\mathsf{T}}(AB) = B^{\mathsf{T}}A^{\mathsf{T}}AB
= I_n$, et $A^{-1} = A^{\mathsf{T}} \in \mathrm{O}(n)$. Côté endomorphismes, le groupe correspondant
est $\mathrm{O}(E)$, isomorphe à $\mathrm{O}(n)$ par le choix d'une base orthonormée.
#### 6. Déterminant d'une matrice orthogonale
Pour $A \in \mathrm{O}(n)$,
$$\det(A)^2 = \det(A^{\mathsf{T}})\det(A) = \det(A^{\mathsf{T}}A) = \det(I_n) = 1,$$
donc $\det(A) = \pm 1$. L'application $\det : \mathrm{O}(n) \to \{-1, 1\}$ est un morphisme de
groupes. Interprétation géométrique : $|\det A| = 1$ : une matrice orthogonale **conserve les
volumes** (au signe près).
#### 7. Groupe spécial orthogonal
Le **groupe spécial orthogonal** est
$$\mathrm{SO}(n) = \{A \in \mathrm{O}(n) \mid \det A = 1\},$$
aussi noté $\mathrm{SO}_n(\mathbb{R})$ (version endomorphismes : $\mathrm{SO}(E)$). C'est un
**sous-groupe distingué** de $\mathrm{O}(n)$, d'indice $2$ : c'est le noyau du morphisme
$\det$. Ses éléments sont les isométries **directes** (rotations) ; les éléments de
$\mathrm{O}(n) \setminus \mathrm{SO}(n)$, de déterminant $-1$, sont les isométries **inverses**
(réflexions, etc.).
#### 8. Orientation et bases orthonormées directes
Un espace euclidien **orienté** est muni d'une orientation, c'est-à-dire d'un choix de classe
d'équivalence de bases (deux bases ont même orientation si le déterminant de leur matrice de
passage est $> 0$). Une base orthonormée est **directe** si sa matrice de passage avec la base
orthonormée de référence a un déterminant $+1$ ; sinon elle est **rétrograde** (ou indirecte).
- Si $P \in \mathrm{O}(n)$ est la matrice de passage d'une base orthonormée $\mathcal{B}$ à une
base orthonormée $\mathcal{B}'$ : $\det P = +1$ signifie que $\mathcal{B}'$ a la même
orientation que $\mathcal{B}$ ; $\det P = -1$ qu'elle l'inverse.
- Ainsi $\mathrm{SO}(n)$ est le groupe des **isométries préservant l'orientation** (rotations), et
les éléments de déterminant $-1$ (réflexions) la renversent. Dans $\mathbb{R}^2$ : rotation
$\leftrightarrow$ directe, réflexion $\leftrightarrow$ rétrograde ; dans $\mathbb{R}^3$, une base
orthonormée directe suit la règle de la main droite.
#### 9. Exemple récapitulatif
- $A = \begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}$ : $A^{\mathsf{T}}A = I_2$, $\det A = 1$ :
$A \in \mathrm{SO}(2)$, c'est la rotation d'angle $\pi/2$, qui envoie la base canonique (directe)
sur la base orthonormée directe $(e_2, -e_1)$.
- $B = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}$ : $B^{\mathsf{T}}B = I_2$, $\det B = -1$ :
$B \in \mathrm{O}(2) \setminus \mathrm{SO}(2)$, réflexion d'axe $(Ox)$, qui **renverse
l'orientation** (la base image $(e_1, -e_2)$ est rétrograde).
- Matrice de passage $P_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta &
\cos\theta \end{pmatrix}$ : orthogonale de déterminant $1$, c'est la matrice de passage entre
deux bases orthonormées directes faisant l'angle $\theta$.
#### 1. Description des matrices de $\mathrm{O}_2(\mathbb{R})$ et $\mathrm{SO}_2(\mathbb{R})$
Soit $P$ un plan euclidien et $\mathcal{B}$ une base orthonormée. Les isométries de $P$ ont pour
matrices les éléments de
$$\mathrm{O}_2(\mathbb{R}) = \{A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) \mid A^{\mathsf{T}}A = I_2\},$$
et on obtient la description complète :
$$\mathrm{O}_2(\mathbb{R}) = \left\{
\begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix}
\;\middle|\; \theta \in \mathbb{R}
\right\}
\;\cup\;
\left\{
\begin{pmatrix} \cos\theta & \sin\theta \\ \sin\theta & -\cos\theta \end{pmatrix}
\;\middle|\; \theta \in \mathbb{R}
\right\}.$$
- Les matrices du **premier type** ont pour déterminant $1$ : elles forment
$\mathrm{SO}_2(\mathbb{R}) = \{A \in \mathrm{O}_2(\mathbb{R}) \mid \det A = 1\}$ — ce sont les
matrices de rotations.
- Les matrices du **second type** ont pour déterminant $-1$ (symétries orthogonales, réflexions).
- *Idée de preuve* : les colonnes d'une matrice orthogonale forment une base orthonormée
$(c_1, c_2)$ ; la deuxième colonne est $c_2 = \pm(-\sin\theta, \cos\theta)$ où
$(\cos\theta, \sin\theta) = c_1$.
#### 2. Commutativité de $\mathrm{SO}_2(\mathbb{R})$
Le groupe $\mathrm{SO}_2(\mathbb{R}) = \{R_\theta \mid \theta \in \mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}\}$ est
**commutatif** : pour tous $\theta, \varphi$,
$$R_\theta R_\varphi = R_{\theta + \varphi} = R_\varphi R_\theta,$$
et $R_\theta^{-1} = R_{-\theta}$. L'application $\theta \mapsto R_\theta$ est un **isomorphisme de
groupes** de $(\mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}, +)$ sur $\mathrm{SO}_2(\mathbb{R})$.
*Attention* : $\mathrm{O}_2(\mathbb{R})$ tout entier n'est **pas** commutatif (une rotation et une
réflexion ne commutent pas en général) ; seule la partie de déterminant $1$ l'est.
#### 3. Rotation vectorielle d'un plan euclidien orienté, mesure d'un angle orienté
Un plan euclidien **orienté** est muni d'un choix d'orientation (une base orthonormée directe de
référence). Une **rotation vectorielle** de $P$ est une isométrie de déterminant $+1$ :
$u \in \mathrm{SO}(P)$. Dans toute base orthonormée **directe**, sa matrice est
$R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix}$ ;
l'angle $\theta$ (modulo $2\pi$) ne dépend pas du choix de la base directe.
**Mesure d'un angle orienté de vecteurs non nuls** : soient $x, y \in P \setminus \{0\}$. Il
existe une **unique** rotation $r \in \mathrm{SO}(P)$ envoyant
$\frac{x}{\|x\|}$ sur $\frac{y}{\|y\|}$ ; la **mesure** de l'angle orienté $(\overrightarrow{x},
\overrightarrow{y})$ est l'angle $\theta \in \mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}$ de cette rotation. La
mesure ne dépend que des **directions** de $x$ et $y$ (et non de leurs normes), et l'ensemble des
angles orientés s'identifie à $\mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}$, avec l'addition : la composée de
rotations d'angles $\theta$ et $\varphi$ est la rotation d'angle $\theta + \varphi$.
#### 4. Classification des isométries vectorielles du plan euclidien
**Théorème** : toute isométrie vectorielle d'un plan euclidien orienté $P$ est exactement l'une
des deux :
1. une **rotation vectorielle** (déterminant $+1$), rotation d'angle $\theta \in
\mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}$ ;
2. une **symétrie orthogonale** (réflexion) par rapport à une droite vectorielle (déterminant
$-1$).
*Preuve* : soit $u$ une isométrie. Si $\det u = 1$, $u$ est une rotation (définition). Si
$\det u = -1$, l'écriture de sa matrice (section 1) montre $\mathrm{tr}(u) = 0$, donc
$\chi_u(X) = X^2 - 1$ : les valeurs propres $1$ et $-1$ existent dans $\mathbb{R}$, les droites
propres $E_1$ et $E_{-1}$ sont orthogonales (vecteurs propres de valeurs propres distinctes d'une
isométrie), et $u$ est la symétrie orthogonale par rapport à $E_1$.
Remarque : toute réflexion est le produit de deux rotations, et toute rotation d'angle $\theta$ est
le produit de deux réflexions d'axes faisant un angle de $\theta/2$ :
$s_{D_1} \circ s_{D_2} = R_{2(\varphi_1 - \varphi_2)}$ si $D_i$ fait l'angle $\varphi_i$ avec l'axe.
#### 5. Exemple récapitulatif
- $R_{\pi/2}$ et $R_{\pi/3}$ commutent : $R_{\pi/2}R_{\pi/3} = R_{5\pi/6} = R_{\pi/3}R_{\pi/2}$.
- La réflexion d'axe faisant l'angle $\varphi$ avec l'axe des abscisses a pour matrice (dans la
base canonique) $S_\varphi = \begin{pmatrix} \cos 2\varphi & \sin 2\varphi \\ \sin 2\varphi &
-\cos 2\varphi \end{pmatrix} \in \mathrm{O}_2(\mathbb{R}) \setminus \mathrm{SO}_2(\mathbb{R})$.
- Composée de deux réflexions : $S_{\varphi_1}S_{\varphi_2} = R_{2(\varphi_1 - \varphi_2)}$ ;
par exemple $S_{\pi/4}\,S_0 = R_{\pi/2}$.
- Angle orienté : dans le plan orienté canoniquement, la mesure de l'angle orienté
$(\overrightarrow{e_1}, \overrightarrow{e_2})$ est $+\pi/2$, celle de
$(\overrightarrow{e_2}, \overrightarrow{e_1})$ est $-\pi/2$ : l'orientation choisie fixe le
signe.
#### 1. Endomorphisme autoadjoint d'un espace euclidien. Notations
Soit $E$ un espace euclidien (réel, de dimension finie, produit scalaire $\langle\cdot,\cdot\rangle$).
Un endomorphisme $u \in \mathcal{L}(E)$ est **autoadjoint** (ou symétrique) si
$$\langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle \quad \text{pour tous } x, y \in E.$$
L'ensemble des endomorphismes autoadjoints est noté $\mathcal{S}(E)$ : c'est un **sous-espace
vectoriel** de $\mathcal{L}(E)$ (stable par combinaisons linéaires). Exemples : l'identité, les
symétries orthogonales, les projections orthogonales ; si $v \in \mathcal{L}(E)$, l'endomorphisme
$v^{\mathsf{T}} \circ v$ (souvent noté $v^{*} \circ v$) est autoadjoint.
#### 2. Caractérisation des projecteurs orthogonaux
**Théorème** : un projecteur $p$ ($p^2 = p$) est **orthogonal** si et seulement s'il est
**autoadjoint**.
*Esquisse de preuve* : $p^2 = p$ donne $E = \ker p \oplus \mathrm{Im}\,p$. Si $p$ est autoadjoint,
alors $\ker p = (\mathrm{Im}\,p^{\mathsf{T}})^{\perp} = (\mathrm{Im}\,p)^{\perp}$ (car
$p^{\mathsf{T}} = p$), donc $\mathrm{Im}\,p = (\ker p)^{\perp}$ : la projection se fait
orthogonalement à $\mathrm{Im}\,p$. La réciproque est immédiate dans une base orthonormée adaptée.
Ainsi : $p$ projecteur orthogonal $\iff p^2 = p$ **et** $p$ autoadjoint $\iff p^2 = p$ et
$\ker p \perp \mathrm{Im}\,p$.
#### 3. Caractérisation par la matrice dans une base orthonormée. Terminologie
**Théorème** : si $\mathcal{B}$ est une base **orthonormée** de $E$ et
$A = \mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$, alors
$$u \text{ autoadjoint} \iff A^{\mathsf{T}} = A \quad (A \text{ symétrique}).$$
*Esquisse* : en notant $X, Y$ les colonnes de coordonnées, $\langle u(x), y \rangle =
X^{\mathsf{T}}A^{\mathsf{T}}Y$ et $\langle x, u(y) \rangle = X^{\mathsf{T}}AY$ ; l'égalité pour
tous $X, Y$ équivaut à $A^{\mathsf{T}} = A$.
**Terminologie** : un endomorphisme autoadjoint s'appelle aussi **endomorphisme symétrique**.
*Attention* : l'équivalence exige une base **orthonormée** (dans une base quelconque, la matrice
d'un autoadjoint n'est pas nécessairement symétrique). Les matrices symétriques réelles forment le
sous-espace $\mathcal{S}_n(\mathbb{R})$.
#### 4. Théorème spectral. Forme matricielle
**Théorème spectral** : tout endomorphisme autoadjoint d'un espace euclidien est
**orthodiagonalisable** : il existe une **base orthonormée de vecteurs propres** de $u$. En
particulier, ses valeurs propres sont **réelles** et il existe $\lambda_1, \ldots, \lambda_n$
réels (comptés avec multiplicité) tels que $\mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$ soit diagonale dans une
base orthonormée $\mathcal{B}$.
**Forme matricielle** : pour toute matrice symétrique $A \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R})$, il existe
$P \in \mathrm{O}_n(\mathbb{R})$ (matrice **orthogonale**, pas seulement inversible) telle que
$$P^{\mathsf{T}} A P = \mathrm{diag}(\lambda_1, \ldots, \lambda_n), \quad \lambda_i \in \mathbb{R}.$$
*Éléments de preuve* : les valeurs propres d'un autoadjoint sont réelles (si $u(x) = \lambda x$
avec $x \neq 0$, $\lambda = \frac{\langle u(x), x \rangle}{\|x\|^2} \in \mathbb{R}$) ; les
sous-espaces propres associés à des valeurs propres distinctes sont **orthogonaux** ; combiné à la
trigonalisation et à la stabilité de l'orthogonal d'un sous-espace stable, on construit la base
orthonormée de vecteurs propres. C'est l'analogue euclidien de la diagonalisation : la matrice de
passage est orthogonale au lieu d'être simplement inversible.
#### 5. Endomorphisme autoadjoint positif, défini positif
Soit $u \in \mathcal{S}(E)$ autoadjoint. On dit que $u$ est :
- **positif** si $\langle u(x), x \rangle \geq 0$ pour tout $x \in E$ (notation $u \succeq 0$) ;
- **défini positif** si $\langle u(x), x \rangle > 0$ pour tout $x \neq 0$ (notation $u \succ 0$).
**Caractérisation spectrale** (conséquence directe du théorème spectral) : en notant
$\lambda_1, \ldots, \lambda_n$ les valeurs propres de $u$,
$$u \text{ positif} \iff \lambda_i \geq 0 \ \forall i,
\qquad u \text{ défini positif} \iff \lambda_i > 0 \ \forall i.$$
En effet, dans une base orthonormée de vecteurs propres,
$\langle u(x), x \rangle = \sum_i \lambda_i x_i^2$.
Exemples : une projection orthogonale est positive (valeurs propres $0$ et $1$) ; $v^{\mathsf{T}}
\circ v$ est positif, et défini positif dès que $v$ est inversible.
#### 6. Matrice symétrique positive, définie positive
Soit $A \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R})$. On dit que $A$ est :
- **positive** si $X^{\mathsf{T}} A X \geq 0$ pour tout $X \in \mathbb{R}^n$ (notation
$A \succeq 0$) ;
- **définie positive** si $X^{\mathsf{T}} A X > 0$ pour tout $X \neq 0$ (notation $A \succ 0$).
La forme quadratique associée est $Q(X) = X^{\mathsf{T}}AX$.
**Caractérisation spectrale** (forme matricielle du théorème spectral) :
$$A \text{ positive} \iff \text{toutes les valeurs propres de } A \text{ sont } \geq 0,$$
$$\qquad A \text{ définie positive} \iff \text{toutes les valeurs propres sont } > 0.$$
Conséquences : une matrice symétrique définie positive est inversible et de déterminant $> 0$ ;
$\mathrm{tr}(A) \geq 0$ si $A$ est positive. *Attention* : être symétrique et avoir des
coefficients positifs ne suffit pas (contre-exemple : $\begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 2 & 1 \end{pmatrix}$
a pour valeurs propres $3$ et $-1$).
#### 7. Exemple récapitulatif
Soit $A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix} \in \mathcal{S}_2(\mathbb{R})$.
- $\chi_A(X) = (X-1)(X-3)$ : valeurs propres $1$ et $3$, réelles et **distinctes**.
- Vecteurs propres orthonormés : $\frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \end{pmatrix}$
(valeur propre $3$) et $\frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} 1 \\ -1 \end{pmatrix}$ (valeur propre
$1$). Avec $P = \frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix} \in
\mathrm{O}_2(\mathbb{R})$ : $P^{\mathsf{T}} A P = \mathrm{diag}(3, 1)$ — **théorème spectral**.
- $A$ est **définie positive** (valeurs propres $> 0$) : la forme quadratique
$Q(X) = 2x^2 + 2xy + 2y^2$ est $> 0$ pour $X \neq 0$.
- **Projecteur orthogonal** : $p$ de matrice $\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}$ dans la
base canonique (symétrique) : $p^2 = p$, valeurs propres $1$ et $0 \geq 0$ — projecteur
orthogonal **positif** non défini.
#### 1. Produit d'un nombre fini d'espaces vectoriels
Soient $E_1, \ldots, E_p$ des $\mathbb{K}$-espaces vectoriels.
Le **produit**
$$E = E_1 \times \cdots \times E_p = \{(x_1, \ldots, x_p) \mid x_i \in E_i\}$$
est muni des lois **coordonnée par coordonnée** :
$$(x_1, \ldots, x_p) + (y_1, \ldots, y_p) = (x_1 + y_1, \ldots, x_p + y_p)$$
$$\qquad \lambda (x_1, \ldots, x_p) = (\lambda x_1, \ldots, \lambda x_p).$$
C'est un $\mathbb{K}$-espace vectoriel, d'élément nul $(0_{E_1}, \ldots, 0_{E_p})$.
Les applications $x \mapsto x_i$ (projections) et $x_i \mapsto (0, \ldots, 0, x_i, 0, \ldots, 0)$
(injections) sont **linéaires**.
**Dimension** : si les $E_i$ sont de dimension finie, alors
$$\dim(E_1 \times \cdots \times E_p) = \dim E_1 + \cdots + \dim E_p,$$
et une base de $E$ est donnée par les $n_1 + \cdots + n_p$ vecteurs
$(0, \ldots, 0, e^{(i)}_j, 0, \ldots, 0)$ où $(e^{(i)}_j)_{j}$ parcourt une base de $E_i$.
Exemple : $\mathbb{K}^p = \mathbb{K} \times \cdots \times \mathbb{K}$ ($p$ fois), de dimension $p$.
#### 2. Somme, somme directe d'une famille finie de sous-espaces
Soient $F_1, \ldots, F_p$ des sous-espaces vectoriels de $E$. Leur **somme** est
$$F_1 + \cdots + F_p = \{x_1 + \cdots + x_p \mid x_i \in F_i\},$$
le plus petit sous-espace vectoriel contenant tous les $F_i$.
La somme est **directe** — notée $F_1 \oplus \cdots \oplus F_p$ — si tout $x \in F_1 + \cdots + F_p$ s'écrit de **manière unique** comme $x = x_1 + \cdots + x_p$ avec $x_i \in F_i$, ce qui équivaut à :
$$\text{la décomposition nulle est triviale} \iff x_1 + \cdots + x_p = 0 \Rightarrow x_i = 0 \ \forall i,$$
et, en dimension quelconque pour une famille finie, à $F_i \cap \sum_{j \neq i} F_j = \{0\}$ pour **chaque** $i$.
*Attention* : pour $p \geq 3$, la condition $F_i \cap F_j = \{0\}$ pour tous $i \neq j$ (somme deux à deux directe) ne suffit **pas**
dans $\mathbb{R}^2$, $F_1 = \mathrm{Vect}(e_1)$, $F_2 = \mathrm{Vect}(e_2)$, $F_3 = \mathrm{Vect}(e_1 + e_2)$ sont deux à deux en somme directe mais
$F_1 + F_2 + F_3 = \mathbb{R}^2$ n'est pas une somme directe ($e_1 + e_2 \in F_3$ a deux décompositions).
#### 3. Bases adaptées ; décomposition par partition d'une base
- **Base adaptée à un sous-espace** : toute famille libre de $F \subset E$ (de dimension finie)
peut être **complétée** en une base de $E$ : si $(e_1, \ldots, e_r)$ est une base de $F$, il
existe $e_{r+1}, \ldots, e_n$ tels que $(e_1, \ldots, e_r, e_{r+1}, \ldots, e_n)$ soit une base
de $E$ ; alors $E = F \oplus G$ où $G = \mathrm{Vect}(e_{r+1}, \ldots, e_n)$ — **tout
sous-espace de dimension finie admet un supplémentaire** (non unique en général).
- **Base adaptée à une décomposition** $E = F_1 \oplus \cdots \oplus F_p$ : la **réunion** de bases
des $F_i$ est une base de $E$, et réciproquement les coordonnées de tout vecteur se lisent bloc
par bloc.
- **Décomposition par partition d'une base** : réciproquement, si $(e_1, \ldots, e_n)$ est une base
de $E$ et si on **partitionne** cette base en familles $\mathcal{B}_1, \ldots, \mathcal{B}_p$
(avec $E_i = \mathrm{Vect}(\mathcal{B}_i)$), alors
$$E = E_1 \oplus \cdots \oplus E_p.$$
*Preuve* : la réunion des $E_i$ engendre $E$ (les $e_k$ sont dans leur paquet) et l'unicité de
l'écriture dans la base donne l'unicité de la décomposition (somme directe).
Exemple : dans $\mathbb{R}^3$, base $(e_1, e_2, e_3)$, partition $\mathcal{B}_1 = (e_1, e_2)$,
$\mathcal{B}_2 = (e_3)$ : $\mathbb{R}^3 = \mathrm{Vect}(e_1, e_2) \oplus \mathrm{Vect}(e_3)$.
#### 4. Majoration $\dim(F_1 + \cdots + F_p) \leq \sum \dim F_i$
**Théorème** : si $F_1, \ldots, F_p$ sont des sous-espaces de **dimension finie** de $E$ :
$$\dim(F_1 + \cdots + F_p) \;\leq\; \dim F_1 + \cdots + \dim F_p,$$
avec **égalité si et seulement si la somme est directe**.
*Preuve* : soit $\mathcal{B}_i$ une base de $F_i$ ; la réunion des $\mathcal{B}_i$ est une famille
**génératrice** de $F_1 + \cdots + F_p$ à $\sum \dim F_i$ éléments, qui en contient donc au plus
autant : d'où la majoration. De plus, cette famille génératrice est **libre** si et seulement si la
somme est directe (unicité des décompositions) — auquel cas c'est une base et l'égalité des
dimensions a lieu ; réciproquement, si l'égalité a lieu, la famille génératrice de cardinal
$\dim(F_1 + \cdots + F_p)$ est une base, donc libre, donc la somme est directe.
*Attention* : pour $p \geq 3$, l'égalité des dimensions est bien équivalente à la directitude
globale, mais les conditions deux à deux ($\dim(F_i + F_j) = \dim F_i + \dim F_j$) ne suffisent pas
(contre-exemple de la section 2 : $1 + 1 + 1 = 3 > 2 = \dim(F_1 + F_2 + F_3)$).
#### 5. Exemple récapitulatif
Dans $E = \mathbb{R}^3$ (base canonique $(e_1, e_2, e_3)$), considérons
$F_1 = \mathrm{Vect}(e_1, e_2)$ (plan), $F_2 = \mathrm{Vect}(e_3)$ (droite), $F_3 =
\mathrm{Vect}(e_1 + e_2)$ (droite).
- $F_1 + F_2 = \mathbb{R}^3$ et $F_1 \cap F_2 = \{0\}$ : $\mathbb{R}^3 = F_1 \oplus F_2$, et
$(e_1, e_2, e_3)$ est une base adaptée à cette décomposition.
- $F_1 + F_2 + F_3 = \mathbb{R}^3$ : $\dim = 2 \leq \dim F_1 + \dim F_2 + \dim F_3 = 4$, sans
égalité — la somme n'est **pas** directe ($e_1 + e_2 \in F_1 \cap F_3$ mais $e_1 + e_2 \neq 0$).
- Dans le produit $\mathbb{R} \times \mathbb{R} \times \mathbb{R}$ : $\dim = 3$, et les injections
identifient chaque facteur à un sous-espace en somme directe : le produit et la somme directe
« disent la même chose » ici.
Le **produit** $E\times F$ (structure externe) et la **somme** $E+F$ (structure interne, sev d'un espace ambiant) sont reliés : si $E\cap F=\{0\}$, la somme $E\oplus F$ est **isomorphe** au produit $E\times F$.
- **Produit** : $\dim(E\times F)=\dim E+\dim F$.
- **Somme directe** : $E\oplus F\cong E\times F$ (via $(u,v)\mapsto u+v$).
- **Différence** : produit = externe ; somme = interne.
- **Généralisation** : $\bigoplus F_i\cong\prod F_i$ (dimension finie).
1. **Utiliser** l'isomorphisme somme directe $\leftrightarrow$ produit.
2. **Calculer** les dimensions (somme).
3. **Construire** un supplémentaire (via produit).
- **Piège classique** : confondre produit et somme (non directe) ; croire $E+F\cong E\times F$ toujours vrai.
- $\mathbb{R}^2\cong\mathbb{R}\times\mathbb{R}=\mathrm{Vect}(e_1)\oplus\mathrm{Vect}(e_2)$.
```mermaid
graph TD
P["Produit E x F (externe)"] --> I["Iso a E (+) F si somme directe"]
I --> D["dim(E x F) = dim E + dim F"]
```
Une **matrice par blocs** est une matrice découpée en sous-matrices (blocs). Les opérations suivent les mêmes règles que les matrices scalaires, sous **compatibilité des tailles** et **sans commuter** les blocs.
- **Produit** : multiplié bloc à bloc (le découpage de gauche et droite doit être compatible).
- **Triangulaire par blocs** : dét $=$ produit des dets des blocs diagonaux ; inverse par blocs.
- **Non commutatif** : $AB\neq BA$ pour les blocs.
- **Usage** : sous-espaces stables (matrices $\begin{pmatrix}A&B\\0&D\end{pmatrix}$).
1. **Découper** selon les sous-espaces/structures.
2. **Calculer** (produit, puissance, inverse) bloc à bloc.
3. **Exploiter** les blocs nuls (triangulaire).
- **Piège classique** : oublier la compatibilité des tailles ; commuter les blocs ; formule de l'inverse de Schur.
- $\begin{pmatrix}A&0\\0&D\end{pmatrix}^{-1}=\begin{pmatrix}A^{-1}&0\\0&D^{-1}\end{pmatrix}$.
```mermaid
graph TD
B["Matrices par blocs"] --> C["Compatibilite des tailles"]
B --> T["Triangulaire : det = prod dets diagonaux"]
B --> S["Matrices de sous-espaces stables"]
```
La **trace** d'une matrice carrée $A=(a_{ij})$ est $\mathrm{tr}(A)=\sum_{i}a_{ii}$. Pour un endomorphisme, $\mathrm{tr}(u)$ est la trace de sa matrice dans **n'importe quelle** base.
- **Linéarité** : $\mathrm{tr}(A+B)=\mathrm{tr}A+\mathrm{tr}B$, $\mathrm{tr}(\lambda A)=\lambda\mathrm{tr}A$.
- **Cyclicité** : $\mathrm{tr}(AB)=\mathrm{tr}(BA)$ (matrices compatibles).
- **Invariance** : $\mathrm{tr}(P^{-1}AP)=\mathrm{tr}(A)$ (semblable).
- **Lien** : $\mathrm{tr}=$ somme des valeurs propres (avec multiplicités).
1. **Calculer** la trace (somme diagonale).
2. **Utiliser** $\mathrm{tr}(AB)=\mathrm{tr}(BA)$ (invariants).
3. **Relier** aux valeurs propres (spectre).
- **Piège classique** : croire $\mathrm{tr}(ABC)=\mathrm{tr}(ACB)$ et toute permutation (faux en général) ; oublier l'invariance par similitude.
- $\mathrm{tr}(AB)=\mathrm{tr}(BA)$ ; $\mathrm{tr}(A)=\sum\lambda_i$.
```mermaid
graph TD
T["Trace tr(A) = somme des termes diagonaux"] --> L["Lineaire"]
T --> C["tr(AB) = tr(BA)"]
T --> I["Invariante par similitude (spectre)"]
```
Pour un endomorphisme $u$ et $P=\sum a_k X^k\in\mathbb{K}[X]$, on définit $P(u)=\sum a_k u^k$ (avec $u^0=\mathrm{id}$). L'application $P\mapsto P(u)$ est un **morphisme d'algèbres** de $\mathbb{K}[X]$ dans $\mathcal{L}(E)$.
- **Définition** : $P(u)=\sum a_k u^k$ ; commute avec $u$.
- **Morphisme** : $(PQ)(u)=P(u)Q(u)$, $(P+Q)(u)=P(u)+Q(u)$.
- **Polynôme annulateur** : $P(u)=0$ (cas particulier).
- **Matrice** : $\mathrm{Mat}(P(u))=P(\mathrm{Mat}(u))$.
1. **Calculer** $P(u)$ par combinaison de puissances.
2. **Utiliser** la commutativité ($u$ commute avec $P(u)$).
3. **Relier** aux polynômes annulateurs/spectre.
- **Piège classique** : croire $P(u)$ non nul pour $P$ annulateur ; oublier que $u$ et $P(u)$ commutent.
- Si $u^2-3u+2\,\mathrm{id}=0$, le polynôme $X^2-3X+2$ annule $u$.
```mermaid
graph TD
PE["Polynome d'endomorphisme P(u) = sum a_k u^k"] --> M["Morphisme K[X] -> L(E)"]
PE --> C["Commute avec u"]
PE --> AN["Polynome annulateur : P(u) = 0"]
```
Étant donnés $n+1$ points $(x_i,y_i)$ d'abscisses **distinctes**, il existe un **unique** polynôme $P$ de degré $\leq n$ tel que $P(x_i)=y_i$ pour tout $i$ : le **polynôme d'interpolation de Lagrange**.
- **Unicité** : dans $\mathbb{K}_n[X]$, unique.
- **Formule** : $P=\sum_{i=0}^{n}y_i L_i$ avec $L_i(X)=\prod_{j\neq i}\frac{X-x_j}{x_i-x_j}$ (base de Lagrange).
- **Base** : $L_i(x_j)=\delta_{ij}$ (symbole de Kronecker).
- **Hypothèse** : $x_i$ **deux à deux distincts**.
1. **Construire** les $L_i$ (produits).
2. **Combiner** $P=\sum y_i L_i$.
3. **Vérifier** $P(x_i)=y_i$.
- **Piège classique** : abscisses non distinctes (base non définie) ; oublier l'unicité (degré $\leq n$) ; coût de calcul élevé (préférer Newton).
- Points $(0,1),(1,3)$ : $P(x)=1+2x$ (degré $1$).

Un **vecteur propre** de $u\in\mathcal{L}(E)$ est $x\neq0$ tel que $u(x)=\lambda x$ pour un **scalaire** $\lambda$ (la **valeur propre**). Le **sous-espace propre** associé est $E_\lambda=\mathrm{Ker}(u-\lambda\,\mathrm{id})$, de dimension $\geq1$.
- **Définition** : $u(x)=\lambda x$, $x\neq0$.
- **Équation** : $\lambda$ valeur propre $\Leftrightarrow \det(u-\lambda\mathrm{id})=0$ (polynôme caractéristique).
- **Sous-espace propre** : $E_\lambda=\mathrm{Ker}(u-\lambda\mathrm{id})$, sev non nul.
- **Invariance** : chaque $E_\lambda$ est stable par $u$.
1. **Calculer** $\chi_u(\lambda)=\det(u-\lambda\mathrm{id})$.
2. **Résoudre** $\chi_u(\lambda)=0$ (valeurs propres).
3. **Déterminer** les vecteurs propres ($\mathrm{Ker}$).
- **Piège classique** : vecteur propre $\neq0$ par définition ; travailler dans $\mathbb{K}$ (spectre réel vs complexe) ; sous-espace propre jamais $\{0\}$.
- $u=\begin{pmatrix}2&0\\0&3\end{pmatrix}$ : valeurs propres $2,3$, vecteurs $e_1,e_2$.
```mermaid
graph TD
VP["Element propre : u(x) = lambda x, x != 0"] --> CH["Polynome caracteristique det(u - lambda I) = 0"]
VP --> SE["Sous-espace propre E_lambda = Ker(u - lambda I)"]
```
Un endomorphisme $u$ (dim finie) est **diagonalisable** s'il existe une base de $E$ formée de **vecteurs propres** : sa matrice y est diagonale. Équivalent : $E=\bigoplus_\lambda E_\lambda$.
- **Critère** : $E=\bigoplus_{\lambda}E_\lambda$ (somme directe des sous-espaces propres).
- **Dimension** : $\sum_\lambda\dim E_\lambda=\dim E$.
- **Condition suffisante** : $\chi_u$ scindé à racines **simples**.
- **$\mathbb{C}$** : tout endomorphisme à polynôme caractéristique scindé est **trigonalisable** ; diagonalisable ssi multiplicités géométriques = algébriques.
1. **Calculer** le polynôme caractéristique.
2. **Trouver** les valeurs propres (racines).
3. **Vérifier** $\sum\dim E_\lambda=\dim E$ (ou $\chi$ scindé à racines simples).
- **Piège classique** : croire que « $\chi$ scindé » suffit (il faut multiplicités géométriques) ; matrice non diagonalisable (ex. $\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}$).
- $\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}$ non diagonalisable (une seule valeur propre, $E_1$ de dim $1$).
```mermaid
graph TD
D["u diagonalisable"] --> B["Base de vecteurs propres"]
D --> S["E = somme directe des E_lambda"]
S --> C["sum dim E_lambda = dim E"]
```
Un **polynôme annulateur** de $u$ est $P\neq0$ avec $P(u)=0$. Il est lié à la diagonalisabilité via le **théorème de Cayley-Hamilton** et les **polynômes scindés à racines simples**.
- **Cayley-Hamilton** : $\chi_u(u)=0$ ($\chi_u$ est annulateur).
- **Critère de diagonalisabilité** : $u$ diagonalisable $\Leftrightarrow$ il existe un polynôme annulateur **scindé à racines simples** ; équivalent : $\pi_u$ (minimal) scindé à racines simples.
- **Minimal** : $\pi_u$ engendre l'idéal des annulateurs ; $\pi_u\mid\chi_u$.
- **Conséquence** : si $u^2=u$ (projecteur), diagonalisable.
1. **Trouver** un annulateur (souvent fourni).
2. **Le factoriser** : produit de facteurs $X-\lambda$ **distincts** ?
3. **Conclure** la diagonalisabilité.
- **Piège classique** : confondre annulateur et minimal ; racines non distinctes (ex. $(X-1)^2$ n'assure pas la diagonalisabilité).
- $u^2-3u+2\,\mathrm{id}=0=(u-\mathrm{id})(u-2\,\mathrm{id})$ : $u$ diagonalisable (valeurs propres $1,2$).
```mermaid
graph TD
A["Polynome annulateur P(u) = 0"] --> CH["Cayley-Hamilton : chi_u(u) = 0"]
A --> D["Diag <=> annulateur scinde a racines simples"]
A --> MI["Minimal pi_u divise chi_u"]
```
Un endomorphisme $u$ est **trigonalisable** s'il existe une base où sa matrice est **triangulaire supérieure**. Sur $\mathbb{C}$ (ou si $\chi_u$ est scindé), tout endomorphisme est trigonalisable.
- **Critère** : $\chi_u$ **scindé** sur $\mathbb{K}$ $\Leftrightarrow$ $u$ trigonalisable.
- **Sur $\mathbb{C}$** : toujours (d'Alembert-Gauss).
- **Diagonale** : les valeurs propres (avec multiplicités) sur la diagonale.
- **Lien** : diagonalisable $\Rightarrow$ trigonalisable ; réciproque fausse.
1. **Vérifier** $\chi_u$ scindé (racines dans $\mathbb{K}$).
2. **Chercher** une base de trigonalisation (sous-espaces stables).
3. **Écrire** la matrice triangulaire.
- **Piège classique** : croire trigonalisable sur $\mathbb{R}$ (il faut $\chi$ scindé) ; confondre avec diagonalisable.
- $\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}$ déjà triangulaire, non diagonalisable.
```mermaid
graph TD
T["u trigonalisable"] --> C["chi_u scinde sur K"]
T --> CC["Sur C : toujours"]
T --> DG["Diagonale = valeurs propres"]
```
Soit $(E,\langle\cdot,\cdot\rangle)$ euclidien. Une **isométrie vectorielle** (automorphisme orthogonal) est $u$ tel que $\langle u(x),u(y)\rangle=\langle x,y\rangle$ pour tous $x,y$, i.e. $u$ préserve le **produit scalaire** (et la norme).
- **Caractérisation** : $u^*u=\mathrm{id}$ (i.e. $u^{-1}=u^*$) ; $\|u(x)\|=\|x\|$.
- **Groupe** : $O(E)$ (groupe orthogonal).
- **Déterminant** : $\det u=\pm1$ ; $SO(E)$ si $\det u=+1$.
- **Matrices** : matrices orthogonales ($A^{T}A=I$).
1. **Utiliser** $A^TA=I$ (colonnes orthonormées).
2. **Calculer** $\det u=\pm1$ (rotation vs réflexion).
3. **Étudier** le spectre (valeurs propres de module $1$).
- **Piège classique** : valeurs propres complexes (rotation) ; confondre isométrie et similitude ($\lambda u$) ; $\det=\pm1$ nécessaire mais non suffisant.
- Une rotation de $\mathbb{R}^2$ : $\det=+1$, valeurs propres $e^{\pm i\theta}$.
```mermaid
graph TD
I["Isometrie : <u(x),u(y)> = <x,y>"] --> C["u* u = id (u^-1 = u*)"]
I --> D["det u = +/- 1"]
I --> O["Groupe orthogonal O(E), SO(E)"]
```
Dans un plan euclidien orienté, les **isométries vectorielles** sont les **rotations** ($\det=+1$) et les **réflexions** ($\det=-1$) ; $SO(2)$ est le groupe des rotations.
- **Rotations** : matrice $\begin{pmatrix}\cos\theta&-\sin\theta\\\sin\theta&\cos\theta\end{pmatrix}$, $\det=+1$, pas de vecteur propre réel (sauf $\theta=0,\pi$).
- **Réflexions** : symétrie par rapport à une **droite**, $\det=-1$, involutives ($s^2=\mathrm{id}$), droite fixe.
- **Composition** : rotation$\circ$rotation = rotation ; réflexion$\circ$réflexion = rotation.
- **Structure** : $O(2)=\{$rotations$\}\cup\{$réflexions$\}$.
1. **Classer** par le déterminant ($+1$ rotation, $-1$ réflexion).
2. **Trouver** l'angle (rotation) ou l'axe (réflexion).
3. **Décomposer** une isométrie.
- **Piège classique** : oublier que la réflexion a une **droite fixe** (vecteurs propres $1$ et $-1$) ; confondre rotation et réflexion.
- Réflexion d'axe $\mathbb{R}e_1$ : échange $e_1$ et $-e_2$, $\det=-1$.
```svg
<svg xmlns="http://www.w3.org/2000/svg" width="400" height="420" viewBox="0 0 400 420">
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<text x="205" y="228" font-size="14" fill="#c00">O</text>
<line x1="200" y1="210" x2="320" y2="210" stroke="#06c" stroke-width="2"/>
<text x="325" y="208" font-size="14" fill="#06c">u</text>
<line x1="200" y1="210" x2="200" y2="90" stroke="#0a7" stroke-width="2"/>
<text x="205" y="90" font-size="14" fill="#0a7">r(u) rotation 90 deg</text>
<line x1="200" y1="210" x2="290" y2="130" stroke="#c60" stroke-width="2"/>
<text x="295" y="128" font-size="14" fill="#c60">s(u) reflexion</text>
</svg>
```
Un endomorphisme **autoadjoint** (symétrique) $u$ vérifie $u^*=u$, i.e. $\langle u(x),y\rangle=\langle x,u(y)\rangle$. Le **théorème spectral** assure qu'il est **orthogonalement diagonalisable** à valeurs propres **réelles**.
- **Théorème spectral** : il existe une base **orthonormée** de vecteurs propres ; spectre $\subset\mathbb{R}$.
- **Matrices** : symétriques réelles → diagonalisables en base orthonormée ($A=PDP^{T}$, $P$ orthogonale).
- **Valeurs propres** : réelles ; sous-espaces propres **orthogonaux** deux à deux.
- **Réciproque** : diagonalisable en base orthonormée à spectre réel $\Rightarrow$ autoadjoint.
1. **Vérifier** la symétrie ($A=A^T$).
2. **Diagonaliser** (valeurs propres réelles).
3. **Orthonormaliser** les vecteurs propres (espaces propres orthogonaux).
- **Piège classique** : croire qu'une matrice symétrique est toujours inversible ; oublier l'orthonormalité (Gram-Schmidt) ; confondre autoadjoint et orthogonal.
- $\begin{pmatrix}2&1\\1&2\end{pmatrix}$ : valeurs propres $1,3$ (réelles), base orthonormée.
```mermaid
graph TD
A["u autoadjoint : u* = u"] --> S["Theoreme spectral : base orthonormee de vecteurs propres"]
A --> R["Spectre reel"]
A --> O["Sous-espaces propres orthogonaux"]
```
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Question 1/3
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