Endomorphismes des espaces euclidiens
Sommaire du cours
#### Définitions
- $E$ désigne un plan euclidien orienté.
- $(e_1, e_2)$ est une base orthonormée directe.
- $u \in \mathcal{O}(E)$, où $\mathcal{O}(E)$ représente le groupe des isométries vectorielles de $E$.
- $A = \text{Mat}_{(e)}(u) = \begin{pmatrix} a & c \\ b & d \end{pmatrix}$ est la matrice de l'isométrie $u$ dans la base $(e_1, e_2)$.
#### Propriétés des matrices orthogonales
- Une matrice $A$ est orthogonale si $A^T A = I$, où $I$ est la matrice identité.
- Les éléments de $A$ satisfont aux équations :
- $a^2 + b^2 = 1$
- $c^2 + d^2 = 1$
- $ac + bd = 0$
#### Représentation des éléments de la matrice
- Il existe des réels $\alpha$ et $\beta$ tels que :
- $a = \cos \alpha$ et $b = \sin \alpha$
- $d = \cos \beta$ et $c = \sin \beta$
- La relation entre $\alpha$ et $\beta$ est donnée par $\sin(\alpha + \beta) = 0$, ce qui implique $\beta \equiv -\alpha \pmod{\pi}$.
#### Types de matrices pour les isométries
- Deux types de matrices pour les isométries vectorielles :
- $A_1$ avec $\det A_1 = 1$ pour les isométries directes
- $A_2$ avec $\det A_2 = -1$ pour les isométries indirectes
#### Théorème
- Les isométries vectorielles directes sont associées aux matrices de type $A_1$, et les isométries indirectes aux matrices de type $A_2$.
#### 1. Une isométrie conserve la norme
Soit $E$ un espace euclidien (espace vectoriel réel de dimension finie muni d'un produit scalaire
$\langle \cdot, \cdot \rangle$). Un endomorphisme $u \in \mathcal{L}(E)$ est une **isométrie
vectorielle** (ou endomorphisme orthogonal) si elle **conserve la norme** :
$$\|u(x)\| = \|x\| \quad \text{pour tout } x \in E.$$
Elle conserve aussi les distances : $\|u(x) - u(y)\| = \|x - y\|$. Une isométrie est
**injective** ($u(x) = 0 \Rightarrow \|x\| = 0 \Rightarrow x = 0$), donc **bijective** en
dimension finie ; en particulier $u^{-1}$ est aussi une isométrie.
#### 2. Exemples : symétries, réflexions, rotations
- **Symétrie orthogonale** par rapport à un sous-espace $F$ : $s_{|F} = \mathrm{Id}_F$ et
$s_{|F^\perp} = -\mathrm{Id}_{F^\perp}$. C'est une isométrie.
- **Réflexion** : symétrie orthogonale par rapport à un hyperplan $H$,
$s_H(x) = x - 2\,\dfrac{\langle x, n \rangle}{\|n\|^2}\,n$ où $n$ est un vecteur normal à $H$ ;
c'est une isométrie de déterminant $-1$.
- **Rotations du plan** : matrices $R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\
\sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix}$, isométries de déterminant $+1$ ; l'identité et la
symétrie centrale $-\mathrm{Id}$ en sont des cas particuliers.
- Dans $\mathbb{R}^3$ : rotations d'axe une droite, réflexions par rapport à un plan, symétries
orthogonales, retournements.
#### 3. Une isométrie conserve le produit scalaire
$u$ est une isométrie si et seulement si
$$\langle u(x), u(y) \rangle = \langle x, y \rangle \quad \text{pour tous } x, y \in E.$$
Cela découle de la **formule de polarisation** $\langle x, y \rangle =
\frac{1}{4}\big(\|x+y\|^2 - \|x-y\|^2\big)$, qui exprime le produit scalaire à partir de la norme.
En particulier, une isométrie **conserve l'orthogonalité** : $x \perp y \Rightarrow u(x) \perp u(y)$.
#### 4. Image d'une base orthonormée par une isométrie
**Théorème** : $u$ est une isométrie si et seulement si l'image par $u$ de **toute** base
orthonormée est une base orthonormée.
Traduction matricielle : si $\mathcal{B}$ est une base orthonormée et $A = \mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$,
alors $u$ est une isométrie si et seulement si **les colonnes de $A$ forment une famille
orthonormée**, ce qui équivaut à
$$A^{\mathsf{T}} A = I_n \iff A^{-1} = A^{\mathsf{T}} \iff A A^{\mathsf{T}} = I_n.$$
De telles matrices sont dites **orthogonales** : leurs colonnes (et leurs lignes) sont
orthonormées.
#### 5. Le groupe orthogonal
L'ensemble des isométries vectorielles de $E$ est un **groupe pour la composition**, noté
$\mathrm{O}(E)$ : sous-groupe de $\mathrm{GL}(E)$. En matrices (dans une base orthonormée),
$$\mathrm{O}(n) = \{A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid A^{\mathsf{T}}A = I_n\}.$$
- **Déterminant** : pour $A \in \mathrm{O}(n)$, $\det(A)^2 = \det(A^{\mathsf{T}})\det(A) =
\det(A^{\mathsf{T}}A) = 1$, donc $\det(A) = \pm 1$ : une isométrie préserve les volumes en
valeur absolue.
- Le sous-ensemble $\mathrm{SO}(E) = \{u \in \mathrm{O}(E) \mid \det u = 1\}$ (matrices :
$\mathrm{SO}(n)$) est le **groupe spécial orthogonal** (rotations), sous-groupe distingué
d'indice $2$ de $\mathrm{O}(E)$.
#### 6. Notation $\mathrm{O}(E)$
- $\mathrm{O}(E)$ désigne le groupe orthogonal de l'espace euclidien $E$ ; on écrit
$\mathrm{O}(n)$ ou $\mathrm{O}_n(\mathbb{R})$ pour la version matricielle, et
$\mathrm{SO}(E)$ / $\mathrm{SO}(n)$ pour le sous-groupe de déterminant $1$.
- **Attention** : $\mathrm{O}(E)$ dépend du produit scalaire choisi sur $E$ : deux produits
scalaires différents définissent deux groupes orthogonaux différents.
- Toute isométrie de $E$ est un automorphisme : $\mathrm{O}(E) \subset \mathrm{GL}(E)$, et
$|\det u| = 1$ pour tout $u \in \mathrm{O}(E)$.
#### 7. Stabilité de l'orthogonal d'un sous-espace stable
**Théorème** : si $F$ est un sous-espace **stable** par une isométrie $u$, alors $F^\perp$ est
aussi stable par $u$.
*Preuve* : soit $y \in F^\perp$ et $x \in F$. Comme $u$ est bijective et $F$ stable,
$u(F) \subset F$ et $\dim u(F) = \dim F$, donc $u(F) = F$ : il existe $x' \in F$ avec
$x = u(x')$. Alors
$$\langle u(y), x \rangle = \langle u(y), u(x') \rangle = \langle y, x' \rangle = 0,$$
d'où $u(y) \in F^\perp$.
Conséquence : $E = F \oplus F^\perp$ avec $F$ et $F^\perp$ stables : dans une base adaptée, la
matrice de $u$ est diagonale par blocs $\begin{pmatrix} A_F & 0 \\ 0 & A_{F^\perp} \end{pmatrix}$
avec $A_F \in \mathrm{O}(F)$ et $A_{F^\perp} \in \mathrm{O}(F^\perp)$. C'est le point de départ de
la réduction des isométries (classification des rotations de $\mathbb{R}^3$, réduction en blocs de
rotation/réflexion).
#### 8. Exemple récapitulatif
- **Réflexion d'axe la droite $y = x$** dans $\mathbb{R}^2$ : $A = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\
1 & 0 \end{pmatrix}$. On vérifie $A^{\mathsf{T}}A = I_2$ et $\det A = -1$ : c'est une isométrie ;
l'image de la base canonique, $(e_2, e_1)$, est bien une base orthonormée.
- **Rotation** $R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta
\end{pmatrix}$ : $R_\theta^{\mathsf{T}}R_\theta = I_2$, $\det R_\theta = 1$,
$R_\theta^{-1} = R_{-\theta} = R_\theta^{\mathsf{T}}$.
- **Stabilité de l'orthogonal** : pour la rotation de $\mathbb{R}^3$ d'axe $Oz$ (angle $\theta$),
le plan $F = \mathrm{Vect}(e_1, e_2)$ est stable, et l'axe $F^\perp = \mathrm{Vect}(e_3)$ est
lui aussi stable (les vecteurs de l'axe sont fixes) : la matrice est
$\begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta & 0 \\ \sin\theta & \cos\theta & 0 \\ 0 & 0 & 1
\end{pmatrix}$.
#### 1. Définition et interprétation en colonnes et lignes
Une matrice $A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R})$ est **orthogonale** si
$$A^{\mathsf{T}} A = I_n \iff A^{-1} = A^{\mathsf{T}} \iff A A^{\mathsf{T}} = I_n.$$
- **Interprétation en colonnes** : $A^{\mathsf{T}}A = I_n$ signifie que les colonnes
$C_1, \ldots, C_n$ de $A$ vérifient $C_i \cdot C_j = \delta_{ij}$ (produit scalaire canonique de
$\mathbb{R}^n$) : les colonnes forment une **famille orthonormée**, donc une base orthonormée.
- **Interprétation en lignes** : $AA^{\mathsf{T}} = I_n$ signifie de même que les **lignes** de
$A$ forment une base orthonormée.
- Exemples : $R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta
\end{pmatrix}$, $\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}$, et plus généralement toute
matrice de permutation.
#### 2. Caractérisation comme matrice de changement de base orthonormée
**Théorème** : une matrice $P$ est orthogonale si et seulement si c'est la **matrice de passage**
d'une base orthonormée à une autre base orthonormée.
En effet, les colonnes de $P$ sont les coordonnées dans $\mathcal{B}$ des vecteurs de
$\mathcal{B}'$ ; elles forment une base orthonormée ssi $\mathcal{B}'$ est orthonormée, ssi
$P^{\mathsf{T}}P = I_n$. Conséquence : si $G$ est la matrice de Gram d'une famille de vecteurs,
elle se transforme en $G' = P^{\mathsf{T}} G P$ lors d'un changement de base orthonormée — et
$G' = G$ lorsque la famille est elle-même orthonormée.
#### 3. Caractérisation d'une isométrie par sa matrice dans une base orthonormée
**Théorème** : soit $\mathcal{B}$ une base orthonormée de $E$ et $A = \mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$.
Alors $u$ est une **isométrie vectorielle** si et seulement si $A$ est **orthogonale**.
Cela découle de la section 1 : $u$ conserve le produit scalaire ssi l'image de la base
orthonormée $\mathcal{B}$ est une base orthonormée, ssi les colonnes de $A$ sont orthonormées.
Ainsi, dans une base orthonormée, les isométries et les matrices orthogonales sont les deux faces
d'une même notion.
#### 4. Terminologie
- **Automorphisme orthogonal** / **isométrie vectorielle** / **endomorphisme orthogonal** :
endomorphisme $u$ d'un espace euclidien qui conserve la norme (ou, de façon équivalente, le
produit scalaire) : $\langle u(x), u(y) \rangle = \langle x, y \rangle$ pour tous $x, y$.
- En dimension finie, un tel endomorphisme est automatiquement **bijectif** (isométrie injective).
- Version matricielle : **matrice orthogonale** (section 1). La terminologie « automorphisme »
insiste sur le fait que $u \in \mathrm{GL}(E)$.
#### 5. Groupe orthogonal
L'ensemble des matrices orthogonales est un groupe pour le produit matriciel, noté
$$\mathrm{O}(n) = \{A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid A^{\mathsf{T}}A = I_n\},$$
aussi noté $\mathrm{O}_n(\mathbb{R})$ ; c'est un sous-groupe de $\mathrm{GL}_n(\mathbb{R})$.
Stabilité : si $A, B \in \mathrm{O}(n)$, alors $(AB)^{\mathsf{T}}(AB) = B^{\mathsf{T}}A^{\mathsf{T}}AB
= I_n$, et $A^{-1} = A^{\mathsf{T}} \in \mathrm{O}(n)$. Côté endomorphismes, le groupe correspondant
est $\mathrm{O}(E)$, isomorphe à $\mathrm{O}(n)$ par le choix d'une base orthonormée.
#### 6. Déterminant d'une matrice orthogonale
Pour $A \in \mathrm{O}(n)$,
$$\det(A)^2 = \det(A^{\mathsf{T}})\det(A) = \det(A^{\mathsf{T}}A) = \det(I_n) = 1,$$
donc $\det(A) = \pm 1$. L'application $\det : \mathrm{O}(n) \to \{-1, 1\}$ est un morphisme de
groupes. Interprétation géométrique : $|\det A| = 1$ : une matrice orthogonale **conserve les
volumes** (au signe près).
#### 7. Groupe spécial orthogonal
Le **groupe spécial orthogonal** est
$$\mathrm{SO}(n) = \{A \in \mathrm{O}(n) \mid \det A = 1\},$$
aussi noté $\mathrm{SO}_n(\mathbb{R})$ (version endomorphismes : $\mathrm{SO}(E)$). C'est un
**sous-groupe distingué** de $\mathrm{O}(n)$, d'indice $2$ : c'est le noyau du morphisme
$\det$. Ses éléments sont les isométries **directes** (rotations) ; les éléments de
$\mathrm{O}(n) \setminus \mathrm{SO}(n)$, de déterminant $-1$, sont les isométries **inverses**
(réflexions, etc.).
#### 8. Orientation et bases orthonormées directes
Un espace euclidien **orienté** est muni d'une orientation, c'est-à-dire d'un choix de classe
d'équivalence de bases (deux bases ont même orientation si le déterminant de leur matrice de
passage est $> 0$). Une base orthonormée est **directe** si sa matrice de passage avec la base
orthonormée de référence a un déterminant $+1$ ; sinon elle est **rétrograde** (ou indirecte).
- Si $P \in \mathrm{O}(n)$ est la matrice de passage d'une base orthonormée $\mathcal{B}$ à une
base orthonormée $\mathcal{B}'$ : $\det P = +1$ signifie que $\mathcal{B}'$ a la même
orientation que $\mathcal{B}$ ; $\det P = -1$ qu'elle l'inverse.
- Ainsi $\mathrm{SO}(n)$ est le groupe des **isométries préservant l'orientation** (rotations), et
les éléments de déterminant $-1$ (réflexions) la renversent. Dans $\mathbb{R}^2$ : rotation
$\leftrightarrow$ directe, réflexion $\leftrightarrow$ rétrograde ; dans $\mathbb{R}^3$, une base
orthonormée directe suit la règle de la main droite.
#### 9. Exemple récapitulatif
- $A = \begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}$ : $A^{\mathsf{T}}A = I_2$, $\det A = 1$ :
$A \in \mathrm{SO}(2)$, c'est la rotation d'angle $\pi/2$, qui envoie la base canonique (directe)
sur la base orthonormée directe $(e_2, -e_1)$.
- $B = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}$ : $B^{\mathsf{T}}B = I_2$, $\det B = -1$ :
$B \in \mathrm{O}(2) \setminus \mathrm{SO}(2)$, réflexion d'axe $(Ox)$, qui **renverse
l'orientation** (la base image $(e_1, -e_2)$ est rétrograde).
- Matrice de passage $P_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta &
\cos\theta \end{pmatrix}$ : orthogonale de déterminant $1$, c'est la matrice de passage entre
deux bases orthonormées directes faisant l'angle $\theta$.
#### 1. Description des matrices de $\mathrm{O}_2(\mathbb{R})$ et $\mathrm{SO}_2(\mathbb{R})$
Soit $P$ un plan euclidien et $\mathcal{B}$ une base orthonormée. Les isométries de $P$ ont pour
matrices les éléments de
$$\mathrm{O}_2(\mathbb{R}) = \{A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) \mid A^{\mathsf{T}}A = I_2\},$$
et on obtient la description complète :
$$\mathrm{O}_2(\mathbb{R}) = \left\{
\begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix}
\;\middle|\; \theta \in \mathbb{R}
\right\}
\;\cup\;
\left\{
\begin{pmatrix} \cos\theta & \sin\theta \\ \sin\theta & -\cos\theta \end{pmatrix}
\;\middle|\; \theta \in \mathbb{R}
\right\}.$$
- Les matrices du **premier type** ont pour déterminant $1$ : elles forment
$\mathrm{SO}_2(\mathbb{R}) = \{A \in \mathrm{O}_2(\mathbb{R}) \mid \det A = 1\}$ — ce sont les
matrices de rotations.
- Les matrices du **second type** ont pour déterminant $-1$ (symétries orthogonales, réflexions).
- *Idée de preuve* : les colonnes d'une matrice orthogonale forment une base orthonormée
$(c_1, c_2)$ ; la deuxième colonne est $c_2 = \pm(-\sin\theta, \cos\theta)$ où
$(\cos\theta, \sin\theta) = c_1$.
#### 2. Commutativité de $\mathrm{SO}_2(\mathbb{R})$
Le groupe $\mathrm{SO}_2(\mathbb{R}) = \{R_\theta \mid \theta \in \mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}\}$ est
**commutatif** : pour tous $\theta, \varphi$,
$$R_\theta R_\varphi = R_{\theta + \varphi} = R_\varphi R_\theta,$$
et $R_\theta^{-1} = R_{-\theta}$. L'application $\theta \mapsto R_\theta$ est un **isomorphisme de
groupes** de $(\mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}, +)$ sur $\mathrm{SO}_2(\mathbb{R})$.
*Attention* : $\mathrm{O}_2(\mathbb{R})$ tout entier n'est **pas** commutatif (une rotation et une
réflexion ne commutent pas en général) ; seule la partie de déterminant $1$ l'est.
#### 3. Rotation vectorielle d'un plan euclidien orienté, mesure d'un angle orienté
Un plan euclidien **orienté** est muni d'un choix d'orientation (une base orthonormée directe de
référence). Une **rotation vectorielle** de $P$ est une isométrie de déterminant $+1$ :
$u \in \mathrm{SO}(P)$. Dans toute base orthonormée **directe**, sa matrice est
$R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix}$ ;
l'angle $\theta$ (modulo $2\pi$) ne dépend pas du choix de la base directe.
**Mesure d'un angle orienté de vecteurs non nuls** : soient $x, y \in P \setminus \{0\}$. Il
existe une **unique** rotation $r \in \mathrm{SO}(P)$ envoyant
$\frac{x}{\|x\|}$ sur $\frac{y}{\|y\|}$ ; la **mesure** de l'angle orienté $(\overrightarrow{x},
\overrightarrow{y})$ est l'angle $\theta \in \mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}$ de cette rotation. La
mesure ne dépend que des **directions** de $x$ et $y$ (et non de leurs normes), et l'ensemble des
angles orientés s'identifie à $\mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}$, avec l'addition : la composée de
rotations d'angles $\theta$ et $\varphi$ est la rotation d'angle $\theta + \varphi$.
#### 4. Classification des isométries vectorielles du plan euclidien
**Théorème** : toute isométrie vectorielle d'un plan euclidien orienté $P$ est exactement l'une
des deux :
1. une **rotation vectorielle** (déterminant $+1$), rotation d'angle $\theta \in
\mathbb{R}/2\pi\mathbb{Z}$ ;
2. une **symétrie orthogonale** (réflexion) par rapport à une droite vectorielle (déterminant
$-1$).
*Preuve* : soit $u$ une isométrie. Si $\det u = 1$, $u$ est une rotation (définition). Si
$\det u = -1$, l'écriture de sa matrice (section 1) montre $\mathrm{tr}(u) = 0$, donc
$\chi_u(X) = X^2 - 1$ : les valeurs propres $1$ et $-1$ existent dans $\mathbb{R}$, les droites
propres $E_1$ et $E_{-1}$ sont orthogonales (vecteurs propres de valeurs propres distinctes d'une
isométrie), et $u$ est la symétrie orthogonale par rapport à $E_1$.
Remarque : toute réflexion est le produit de deux rotations, et toute rotation d'angle $\theta$ est
le produit de deux réflexions d'axes faisant un angle de $\theta/2$ :
$s_{D_1} \circ s_{D_2} = R_{2(\varphi_1 - \varphi_2)}$ si $D_i$ fait l'angle $\varphi_i$ avec l'axe.
#### 5. Exemple récapitulatif
- $R_{\pi/2}$ et $R_{\pi/3}$ commutent : $R_{\pi/2}R_{\pi/3} = R_{5\pi/6} = R_{\pi/3}R_{\pi/2}$.
- La réflexion d'axe faisant l'angle $\varphi$ avec l'axe des abscisses a pour matrice (dans la
base canonique) $S_\varphi = \begin{pmatrix} \cos 2\varphi & \sin 2\varphi \\ \sin 2\varphi &
-\cos 2\varphi \end{pmatrix} \in \mathrm{O}_2(\mathbb{R}) \setminus \mathrm{SO}_2(\mathbb{R})$.
- Composée de deux réflexions : $S_{\varphi_1}S_{\varphi_2} = R_{2(\varphi_1 - \varphi_2)}$ ;
par exemple $S_{\pi/4}\,S_0 = R_{\pi/2}$.
- Angle orienté : dans le plan orienté canoniquement, la mesure de l'angle orienté
$(\overrightarrow{e_1}, \overrightarrow{e_2})$ est $+\pi/2$, celle de
$(\overrightarrow{e_2}, \overrightarrow{e_1})$ est $-\pi/2$ : l'orientation choisie fixe le
signe.
#### 1. Endomorphisme autoadjoint d'un espace euclidien. Notations
Soit $E$ un espace euclidien (réel, de dimension finie, produit scalaire $\langle\cdot,\cdot\rangle$).
Un endomorphisme $u \in \mathcal{L}(E)$ est **autoadjoint** (ou symétrique) si
$$\langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle \quad \text{pour tous } x, y \in E.$$
L'ensemble des endomorphismes autoadjoints est noté $\mathcal{S}(E)$ : c'est un **sous-espace
vectoriel** de $\mathcal{L}(E)$ (stable par combinaisons linéaires). Exemples : l'identité, les
symétries orthogonales, les projections orthogonales ; si $v \in \mathcal{L}(E)$, l'endomorphisme
$v^{\mathsf{T}} \circ v$ (souvent noté $v^{*} \circ v$) est autoadjoint.
#### 2. Caractérisation des projecteurs orthogonaux
**Théorème** : un projecteur $p$ ($p^2 = p$) est **orthogonal** si et seulement s'il est
**autoadjoint**.
*Esquisse de preuve* : $p^2 = p$ donne $E = \ker p \oplus \mathrm{Im}\,p$. Si $p$ est autoadjoint,
alors $\ker p = (\mathrm{Im}\,p^{\mathsf{T}})^{\perp} = (\mathrm{Im}\,p)^{\perp}$ (car
$p^{\mathsf{T}} = p$), donc $\mathrm{Im}\,p = (\ker p)^{\perp}$ : la projection se fait
orthogonalement à $\mathrm{Im}\,p$. La réciproque est immédiate dans une base orthonormée adaptée.
Ainsi : $p$ projecteur orthogonal $\iff p^2 = p$ **et** $p$ autoadjoint $\iff p^2 = p$ et
$\ker p \perp \mathrm{Im}\,p$.
#### 3. Caractérisation par la matrice dans une base orthonormée. Terminologie
**Théorème** : si $\mathcal{B}$ est une base **orthonormée** de $E$ et
$A = \mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$, alors
$$u \text{ autoadjoint} \iff A^{\mathsf{T}} = A \quad (A \text{ symétrique}).$$
*Esquisse* : en notant $X, Y$ les colonnes de coordonnées, $\langle u(x), y \rangle =
X^{\mathsf{T}}A^{\mathsf{T}}Y$ et $\langle x, u(y) \rangle = X^{\mathsf{T}}AY$ ; l'égalité pour
tous $X, Y$ équivaut à $A^{\mathsf{T}} = A$.
**Terminologie** : un endomorphisme autoadjoint s'appelle aussi **endomorphisme symétrique**.
*Attention* : l'équivalence exige une base **orthonormée** (dans une base quelconque, la matrice
d'un autoadjoint n'est pas nécessairement symétrique). Les matrices symétriques réelles forment le
sous-espace $\mathcal{S}_n(\mathbb{R})$.
#### 4. Théorème spectral. Forme matricielle
**Théorème spectral** : tout endomorphisme autoadjoint d'un espace euclidien est
**orthodiagonalisable** : il existe une **base orthonormée de vecteurs propres** de $u$. En
particulier, ses valeurs propres sont **réelles** et il existe $\lambda_1, \ldots, \lambda_n$
réels (comptés avec multiplicité) tels que $\mathrm{Mat}_\mathcal{B}(u)$ soit diagonale dans une
base orthonormée $\mathcal{B}$.
**Forme matricielle** : pour toute matrice symétrique $A \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R})$, il existe
$P \in \mathrm{O}_n(\mathbb{R})$ (matrice **orthogonale**, pas seulement inversible) telle que
$$P^{\mathsf{T}} A P = \mathrm{diag}(\lambda_1, \ldots, \lambda_n), \quad \lambda_i \in \mathbb{R}.$$
*Éléments de preuve* : les valeurs propres d'un autoadjoint sont réelles (si $u(x) = \lambda x$
avec $x \neq 0$, $\lambda = \frac{\langle u(x), x \rangle}{\|x\|^2} \in \mathbb{R}$) ; les
sous-espaces propres associés à des valeurs propres distinctes sont **orthogonaux** ; combiné à la
trigonalisation et à la stabilité de l'orthogonal d'un sous-espace stable, on construit la base
orthonormée de vecteurs propres. C'est l'analogue euclidien de la diagonalisation : la matrice de
passage est orthogonale au lieu d'être simplement inversible.
#### 5. Endomorphisme autoadjoint positif, défini positif
Soit $u \in \mathcal{S}(E)$ autoadjoint. On dit que $u$ est :
- **positif** si $\langle u(x), x \rangle \geq 0$ pour tout $x \in E$ (notation $u \succeq 0$) ;
- **défini positif** si $\langle u(x), x \rangle > 0$ pour tout $x \neq 0$ (notation $u \succ 0$).
**Caractérisation spectrale** (conséquence directe du théorème spectral) : en notant
$\lambda_1, \ldots, \lambda_n$ les valeurs propres de $u$,
$$u \text{ positif} \iff \lambda_i \geq 0 \ \forall i,
\qquad u \text{ défini positif} \iff \lambda_i > 0 \ \forall i.$$
En effet, dans une base orthonormée de vecteurs propres,
$\langle u(x), x \rangle = \sum_i \lambda_i x_i^2$.
Exemples : une projection orthogonale est positive (valeurs propres $0$ et $1$) ; $v^{\mathsf{T}}
\circ v$ est positif, et défini positif dès que $v$ est inversible.
#### 6. Matrice symétrique positive, définie positive
Soit $A \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R})$. On dit que $A$ est :
- **positive** si $X^{\mathsf{T}} A X \geq 0$ pour tout $X \in \mathbb{R}^n$ (notation
$A \succeq 0$) ;
- **définie positive** si $X^{\mathsf{T}} A X > 0$ pour tout $X \neq 0$ (notation $A \succ 0$).
La forme quadratique associée est $Q(X) = X^{\mathsf{T}}AX$.
**Caractérisation spectrale** (forme matricielle du théorème spectral) :
$$A \text{ positive} \iff \text{toutes les valeurs propres de } A \text{ sont } \geq 0,$$
$$\qquad A \text{ définie positive} \iff \text{toutes les valeurs propres sont } > 0.$$
Conséquences : une matrice symétrique définie positive est inversible et de déterminant $> 0$ ;
$\mathrm{tr}(A) \geq 0$ si $A$ est positive. *Attention* : être symétrique et avoir des
coefficients positifs ne suffit pas (contre-exemple : $\begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 2 & 1 \end{pmatrix}$
a pour valeurs propres $3$ et $-1$).
#### 7. Exemple récapitulatif
Soit $A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix} \in \mathcal{S}_2(\mathbb{R})$.
- $\chi_A(X) = (X-1)(X-3)$ : valeurs propres $1$ et $3$, réelles et **distinctes**.
- Vecteurs propres orthonormés : $\frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \end{pmatrix}$
(valeur propre $3$) et $\frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} 1 \\ -1 \end{pmatrix}$ (valeur propre
$1$). Avec $P = \frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix} \in
\mathrm{O}_2(\mathbb{R})$ : $P^{\mathsf{T}} A P = \mathrm{diag}(3, 1)$ — **théorème spectral**.
- $A$ est **définie positive** (valeurs propres $> 0$) : la forme quadratique
$Q(X) = 2x^2 + 2xy + 2y^2$ est $> 0$ pour $X \neq 0$.
- **Projecteur orthogonal** : $p$ de matrice $\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}$ dans la
base canonique (symétrique) : $p^2 = p$, valeurs propres $1$ et $0 \geq 0$ — projecteur
orthogonal **positif** non défini.
Soit $(E,\langle\cdot,\cdot\rangle)$ euclidien. Une **isométrie vectorielle** (automorphisme orthogonal) est $u$ tel que $\langle u(x),u(y)\rangle=\langle x,y\rangle$ pour tous $x,y$, i.e. $u$ préserve le **produit scalaire** (et la norme).
- **Caractérisation** : $u^*u=\mathrm{id}$ (i.e. $u^{-1}=u^*$) ; $\|u(x)\|=\|x\|$.
- **Groupe** : $O(E)$ (groupe orthogonal).
- **Déterminant** : $\det u=\pm1$ ; $SO(E)$ si $\det u=+1$.
- **Matrices** : matrices orthogonales ($A^{T}A=I$).
1. **Utiliser** $A^TA=I$ (colonnes orthonormées).
2. **Calculer** $\det u=\pm1$ (rotation vs réflexion).
3. **Étudier** le spectre (valeurs propres de module $1$).
- **Piège classique** : valeurs propres complexes (rotation) ; confondre isométrie et similitude ($\lambda u$) ; $\det=\pm1$ nécessaire mais non suffisant.
- Une rotation de $\mathbb{R}^2$ : $\det=+1$, valeurs propres $e^{\pm i\theta}$.
```mermaid
graph TD
I["Isometrie : <u(x),u(y)> = <x,y>"] --> C["u* u = id (u^-1 = u*)"]
I --> D["det u = +/- 1"]
I --> O["Groupe orthogonal O(E), SO(E)"]
```
Dans un plan euclidien orienté, les **isométries vectorielles** sont les **rotations** ($\det=+1$) et les **réflexions** ($\det=-1$) ; $SO(2)$ est le groupe des rotations.
- **Rotations** : matrice $\begin{pmatrix}\cos\theta&-\sin\theta\\\sin\theta&\cos\theta\end{pmatrix}$, $\det=+1$, pas de vecteur propre réel (sauf $\theta=0,\pi$).
- **Réflexions** : symétrie par rapport à une **droite**, $\det=-1$, involutives ($s^2=\mathrm{id}$), droite fixe.
- **Composition** : rotation$\circ$rotation = rotation ; réflexion$\circ$réflexion = rotation.
- **Structure** : $O(2)=\{$rotations$\}\cup\{$réflexions$\}$.
1. **Classer** par le déterminant ($+1$ rotation, $-1$ réflexion).
2. **Trouver** l'angle (rotation) ou l'axe (réflexion).
3. **Décomposer** une isométrie.
- **Piège classique** : oublier que la réflexion a une **droite fixe** (vecteurs propres $1$ et $-1$) ; confondre rotation et réflexion.
- Réflexion d'axe $\mathbb{R}e_1$ : échange $e_1$ et $-e_2$, $\det=-1$.
```svg
<svg xmlns="http://www.w3.org/2000/svg" width="400" height="420" viewBox="0 0 400 420">
<rect width="400" height="420" fill="#ffffff"/>
<line x1="30" y1="210" x2="370" y2="210" stroke="#ccc" stroke-width="1"/>
<line x1="200" y1="30" x2="200" y2="390" stroke="#ccc" stroke-width="1"/>
<circle cx="200" cy="210" r="120" fill="none" stroke="#ddd" stroke-width="1"/>
<circle cx="200" cy="210" r="5" fill="#c00"/>
<text x="205" y="228" font-size="14" fill="#c00">O</text>
<line x1="200" y1="210" x2="320" y2="210" stroke="#06c" stroke-width="2"/>
<text x="325" y="208" font-size="14" fill="#06c">u</text>
<line x1="200" y1="210" x2="200" y2="90" stroke="#0a7" stroke-width="2"/>
<text x="205" y="90" font-size="14" fill="#0a7">r(u) rotation 90 deg</text>
<line x1="200" y1="210" x2="290" y2="130" stroke="#c60" stroke-width="2"/>
<text x="295" y="128" font-size="14" fill="#c60">s(u) reflexion</text>
</svg>
```
Un endomorphisme **autoadjoint** (symétrique) $u$ vérifie $u^*=u$, i.e. $\langle u(x),y\rangle=\langle x,u(y)\rangle$. Le **théorème spectral** assure qu'il est **orthogonalement diagonalisable** à valeurs propres **réelles**.
- **Théorème spectral** : il existe une base **orthonormée** de vecteurs propres ; spectre $\subset\mathbb{R}$.
- **Matrices** : symétriques réelles → diagonalisables en base orthonormée ($A=PDP^{T}$, $P$ orthogonale).
- **Valeurs propres** : réelles ; sous-espaces propres **orthogonaux** deux à deux.
- **Réciproque** : diagonalisable en base orthonormée à spectre réel $\Rightarrow$ autoadjoint.
1. **Vérifier** la symétrie ($A=A^T$).
2. **Diagonaliser** (valeurs propres réelles).
3. **Orthonormaliser** les vecteurs propres (espaces propres orthogonaux).
- **Piège classique** : croire qu'une matrice symétrique est toujours inversible ; oublier l'orthonormalité (Gram-Schmidt) ; confondre autoadjoint et orthogonal.
- $\begin{pmatrix}2&1\\1&2\end{pmatrix}$ : valeurs propres $1,3$ (réelles), base orthonormée.
```mermaid
graph TD
A["u autoadjoint : u* = u"] --> S["Theoreme spectral : base orthonormee de vecteurs propres"]
A --> R["Spectre reel"]
A --> O["Sous-espaces propres orthogonaux"]
```
Teste-toi : 3 questions
Question 1/3
🎯 Créez votre boîte de Leitner pour revoir ces cartes au bon moment
Révisions espacées, QCM corrigés, suivi de progression — gratuit pendant la bêta.
Créer mon compte