Séries entières
Sommaire du cours
* Une **série entière** est une série numérique de la forme $\sum a_n z^n$, où $(a_n)$ est une suite réelle ou complexe, et $z$ un élément de $\mathbb{R}$ ou $\mathbb{C}$.
* Une série entière est dite **entière** car elle ne fait intervenir que des puissances entières.
* Les séries entières possèdent des propriétés de convergence remarquables.
* La fonction d'une variable réelle est étudiée en relation avec les séries entières.
* L'**extension des propriétés des séries entières au cas d'une variable complexe** constitue la **théorie des fonctions analytiques**, le pilier central de l'**analyse complexe**.
* Étude des propriétés de convergence des séries entières.
* Étude des propriétés de la fonction d'une variable réelle en relation avec les séries entières.
* Étude de l'extension des propriétés des séries entières au cas d'une variable complexe pour développer la théorie des fonctions analytiques.
* **Série entière** : série de fonctions $\sum a_n z^n$ de la variable complexe $z$.
* **Domaine de convergence** : ensemble des nombres $z \in \mathbb{C}$ pour lesquels la série converge.
* **Critère de d'Alembert** : si $\left| \frac{a_{n+1}}{a_n} \right|$ converge vers une limite $\ell > 0$, alors la série $\sum a_n z^n$ converge absolument pour $|z| < \frac{1}{\ell}$ et diverge grossièrement pour $|z| > \frac{1}{\ell}$.
* **Propriété de convergence** : si une série entière vérifie les hypothèses (i) et (ii), il existe un disque $\mathcal{D}$ de centre 0 et de rayon $R = \frac{1}{\ell}$ tel que la série converge absolument à l'intérieur de ce disque et diverge grossièrement à l'extérieur de ce disque.
* **Critère de d'Alembert** : permet de déterminer le domaine de convergence d'une série entière en fonction de la limite de la suite $\left| \frac{a_{n+1}}{a_n} \right|$.
* **Série entière $\sum z^n$** : converge pour $|z| < 1$ et diverge pour $|z| > 1$.
* **Série entière $\sum \frac{z^n}{n^2}$** : converge absolument pour $|z| \leq 1$.
* **Série entière $\sum \frac{z^n}{n}$** : converge pour $|z| < 1$ et pour $z = -1$, mais diverge pour $z = 1$ et $|z| > 1$.
* Une série entière vérifiant les hypothèses (i) et (ii) a un domaine de convergence qui peut être déterminé à l'aide du critère de d'Alembert.
* La propriété de convergence est une propriété générale des séries entières, qui peut être appliquée sans les hypothèses (i) et (ii).
#### Définitions
- **Lemme d'Abel** : Soit $z_0 \in \mathbb{C} \setminus \{0\}$ tel que la suite $(a_n z_0^n)$ soit bornée. Alors pour tout $z \in \mathbb{C}$ tel que $|z| < |z_0|$, la série $\sum a_n z^n$ est absolument convergente.
- **Rayon de convergence** ($R$) : $R = \sup \mathcal{A}$ où $\mathcal{A} = \{\rho \in \mathbb{R}_+ \mid \text{la suite } (a_n \rho^n) \text{ est bornée}\}$.
- **Disque ouvert de convergence** : disque de centre $0$ et de rayon $R$.
#### Théorèmes et propositions
- **Théorème 1.1** :
- Si $R = 0$, le domaine de convergence se réduit à $\{0\}$.
- Si $R = +\infty$, le domaine de convergence est égal à $\mathbb{C}$ tout entier.
- Si $0 < R < +\infty$, alors :
- Lorsque $|z| < R$, la série $\sum a_n z^n$ converge absolument.
- Lorsque $|z| > R$, la série $\sum a_n z^n$ diverge.
- **Proposition 1.2** : Soit $(a_n)$ une suite numérique ne s'annulant pas, telle que le quotient $\left| \frac{a_{n+1}}{a_n} \right|$ possède une limite $\ell \in \mathbb{R}_+ \cup \{+\infty\}$. Alors le rayon de convergence de $\sum a_n z^n$ est égal à $\frac{1}{\ell}$.
- **Théorème 1.3** : Soit $\sum a_n z^n$ et $\sum b_n z^n$ deux séries entières de rayons de convergence respectifs $R_a$ et $R_b$, et telles que $a_n = O(b_n)$. Alors $R_a \geq R_b$.
- **Corollaire** : Soit $\sum a_n z^n$ et $\sum b_n z^n$ deux séries entières de rayons de convergence respectifs $R_a$ et $R_b$, et telles que $|a_n| \sim |b_n|$. Alors $R_a = R_b$.
#### Méthodes
- Utiliser le **lemme d'Abel** pour déterminer le rayon de convergence.
- Appliquer le **théorème 1.1** pour trouver le domaine de convergence en fonction de $R$.
- Utiliser la **proposition 1.2** lorsque la suite $(a_n)$ satisfait certaines conditions pour trouver directement le rayon de convergence.
- Comparer les rayons de convergence de deux séries entières à l'aide du **théorème 1.3** et de son corollaire.
#### 1. Série entière de la variable réelle, de la variable complexe
Une **série entière** est une série de fonctions de la forme
$$\sum_{n \geq 0} a_n z^n, \qquad (a_n) \in \mathbb{K}^{\mathbb{N}},$$
où $\mathbb{K} = \mathbb{R}$ (variable réelle, $z = x$) ou $\mathbb{K} = \mathbb{C}$ (variable
complexe). Le terme général dépend de $z$ : le comportement de la série (convergence absolue,
divergence) dépend du module $|z|$ — c'est tout l'objet du rayon de convergence.
#### 2. Lemme d'Abel et définition du rayon de convergence
**Lemme d'Abel** : s'il existe $z_0$ tel que la suite $(a_n z_0^n)$ soit **bornée**, alors pour
tout $z$ tel que $|z| < |z_0|$, la série $\sum a_n z^n$ est **absolument convergente**.
*Preuve* : posons $M = \sup_n |a_n z_0^n|$ ; alors
$$|a_n z^n| = |a_n z_0^n| \cdot \left|\frac{z}{z_0}\right|^n \leq M \left|\frac{z}{z_0}\right|^n,$$
et $\sum M \left|\frac{z}{z_0}\right|^n$ est une série géométrique convergente.
**Définition du rayon de convergence** :
$$R = \sup\{r \in \mathbb{R}_+ \mid (a_n r^n) \text{ est bornée}\} \;\in\; [0, +\infty].$$
Le lemme d'Abel montre que $\sum a_n z^n$ converge absolument pour $|z| < R$ (en prenant $z_0$ de
module $r$ avec $|z| < r < R$).
#### 3. Convergence absolue si $|z| < R$, divergence grossière si $|z| > R$
**Théorème** :
- si $|z| < R$, la série $\sum a_n z^n$ **converge absolument** ;
- si $|z| > R$, la suite $(a_n z^n)$ n'est **pas bornée** (sinon $|z|$ contredirait la
définition de $R$ comme borne supérieure), donc le terme général $a_n z^n$ **ne tend pas vers
$0$** : la série **diverge grossièrement** ;
- sur le cercle $|z| = R$ : **tous les comportements sont possibles** (à étudier au cas par cas).
Cas extrêmes : $R = +\infty$ (convergence absolue pour tout $z$) ; $R = 0$ (aucune convergence hors
$z = 0$).
#### 4. Intervalle ouvert et disque ouvert de convergence
- **Variable complexe** : la série converge absolument sur le **disque ouvert**
$\{z \in \mathbb{C} \mid |z| < R\}$ (et diverge grossièrement en dehors du disque fermé).
- **Variable réelle** : la série converge absolument sur l'**intervalle ouvert de convergence**
$]-R, R[$.
- Aux bornes ($x = \pm R$ en variable réelle) : à étudier séparément, chaque série ayant son
comportement propre. Exemples avec $R = 1$ : $\sum x^n$ diverge en $x = \pm 1$ ; $\sum
\frac{x^n}{n^2}$ converge en $x = \pm 1$ ; $\sum \frac{x^n}{n}$ converge en $-1$, diverge en $+1$.
#### 5. Rayon et domination / équivalence des coefficients
Soient $\sum a_n z^n$ et $\sum b_n z^n$ de rayons $R_a$ et $R_b$ :
- **si $a_n = O(b_n)$, alors $R_a \geq R_b$** : en effet, si $(b_n r^n)$ est bornée, alors
$|a_n r^n| \leq C |b_n r^n|$ est bornée, donc $r \leq R_a$ pour tout $r \leq R_b$, d'où $R_b
\leq R_a$ ;
- **si $a_n \sim b_n$, alors $R_a = R_b$** (équivalence = domination dans les deux sens) ;
- le résultat s'applique en particulier si $a_n = o(b_n)$ (ce qui donne aussi $R_a \geq R_b$).
**Exemple du cours** : pour tout $\alpha \in \mathbb{R}$,
$$R\left(\sum_{n \geq 0} n^{\alpha} x^n\right) = 1,$$
car la suite $(n^{\alpha} r^n)$ est bornée si et seulement si $0 \leq r \leq 1$ (croissances
comparées : pour $r > 1$, $r^n$ l'emporte sur $n^{\alpha}$ ; pour $r \leq 1$,
$n^{\alpha} r^n \leq n^{|\alpha|}$ sur $\{n : r = 1\}$... plus précisément bornée car $n^{\alpha}$
croît polynomialement et $r^n$ décroît géométriquement quand $r < 1$).
#### 6. Application de la règle de d'Alembert au calcul du rayon
Si $\left|\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| \to \ell$ (avec $\ell \in [0, +\infty]$), alors
$$R = \frac{1}{\ell} \quad \text{(conventions : } \frac{1}{0} = +\infty, \ \frac{1}{+\infty} = 0).$$
*Preuve* : on applique d'Alembert à la série numérique $\sum |a_n|\,|z|^n$ de rapport
$$\frac{|a_{n+1}|\,|z|^{n+1}}{|a_n|\,|z|^n} \to \ell\,|z| :$$
convergence si $\ell |z| < 1$ (i.e. $|z| < 1/\ell$), divergence grossière si $\ell |z| > 1$ ; d'où
le rayon.
Exemples : $\sum \frac{x^n}{n!}$ : $\left|\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| = \frac{1}{n+1} \to 0$, donc
$R = +\infty$ ; $\sum n!\, x^n$ : $\frac{a_{n+1}}{a_n} = n+1 \to +\infty$, donc $R = 0$ ;
$\sum \frac{x^n}{n}$ : $\to 1$, donc $R = 1$.
#### 7. Rayon de convergence de la somme et du produit de Cauchy
Soient $\sum a_n z^n$ et $\sum b_n z^n$ de rayons $R_a$ et $R_b$ :
- **Somme** $\sum (a_n + b_n) z^n$ : $R_s \geq \min(R_a, R_b)$. De plus, si $R_a \neq R_b$, alors
$R_s = \min(R_a, R_b)$ (la série de plus petit rayon impose sa divergence grossière au-delà).
*Attention* : si $R_a = R_b$, l'égalité peut échouer par **cancellation** : pour $a_n = 1 +
2^n$, $b_n = -2^n$ (tous deux de rayon $\frac{1}{2}$), $a_n + b_n = 1$ donne $R_s = 1 >
\frac{1}{2}$.
- **Produit de Cauchy** $\sum c_n z^n$ avec $c_n = \sum_{k=0}^{n} a_k b_{n-k}$ : $R_c \geq
\min(R_a, R_b)$, car sur $|z| < \min(R_a, R_b)$ les deux séries convergent absolument, donc leur
produit de Cauchy aussi (théorème du produit de Cauchy) ; égalité si $R_a \neq R_b$.
*Exemple* : $(1 + z)(1 - z) = 1 - z^2$ : $R_a = R_b = 1$ et $R_c = 1$.
#### 8. Exemple récapitulatif
| Série | Coefficients | Rayon | Comportement aux bornes ($R = 1$) |
|---|---|---|---|
| $\sum n^{\alpha} x^n$ | $a_n = n^{\alpha}$ | $1$ | converge aux deux bornes si $\alpha < 0$, seulement en $-1$ si $-1 < \alpha < 0$... (à vérifier au cas par cas) |
| $\sum \frac{x^n}{n!}$ | $\frac{1}{n!}$ | $+\infty$ | — |
| $\sum n!\, x^n$ | $n!$ | $0$ | — |
| $\sum \frac{x^n}{n}$ | $\frac{1}{n}$ | $1$ | converge en $-1$ (alternée), diverge en $+1$ |
| $\sum \frac{x^n}{n^2}$ | $\frac{1}{n^2}$ | $1$ | converge en $\pm 1$ |
Calculs de rayon par d'Alembert : $\left|\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| \to \ell$ donne $R = 1/\ell$.
Dans toute la fiche, $\sum_{n \geq 0} a_n x^n$ désigne une série entière réelle de **rayon de
convergence $R > 0$**, de somme $S$ définie sur l'**intervalle ouvert de convergence**
$]-R, R[$.
#### 1. Convergence normale sur tout segment inclus dans l'intervalle ouvert
**Théorème** : pour tout segment $[a, b] \subset \,]-R, R[$, la série entière $\sum a_n x^n$
**converge normalement** sur $[a, b]$.
*Preuve* : posons $r = \max(|a|, |b|) < R$ et choisissons $\rho$ tel que $r < \rho < R$. La
série $\sum |a_n| \rho^n$ converge (convergence absolue dans l'intervalle ouvert), donc la suite
$(a_n \rho^n)$ tend vers $0$ et est **bornée** : soit $M$ tel que $|a_n| \rho^n \leq M$. Alors,
pour $x \in [a, b]$ :
$$|a_n x^n| \leq \frac{M}{\rho^n}\, r^n = M \left(\frac{r}{\rho}\right)^n,$$
et $\sum M \left(\frac{r}{\rho}\right)^n$ est une série géométrique convergente ($0 \leq
\frac{r}{\rho} < 1$) : d'où la convergence **normale** sur $[a, b]$, indépendante du point $x$.
C'est l'outil central : toutes les propriétés de régularité ci-dessous s'en déduisent en appliquant
les théorèmes sur les séries de fonctions (continuité, intégration, dérivation).
#### 2. Continuité de la somme sur l'intervalle ouvert
**Théorème** : la somme $S$ d'une série entière est **continue sur $]-R, R[$**.
*Preuve* : les polynômes partiels $S_N(x) = \sum_{n=0}^{N} a_n x^n$ sont continus, et ils
convergent **uniformément** sur tout segment $[a, b] \subset \,]-R, R[$ (convergence normale,
section 1) : la limite uniforme de fonctions continues est continue. Comme tout point de $]-R, R[$
est intérieur à un tel segment, $S$ est continue en tout point de $]-R, R[$.
#### 3. Primitivation d'une série entière
**Théorème** : la série entière **primitivée**
$$G(x) = \sum_{n \geq 0} \frac{a_n}{n+1} x^{n+1}$$
a le **même rayon de convergence** $R$ que $\sum a_n x^n$, et $G$ est une **primitive** de $S$ sur
$]-R, R[$ : $G'(x) = S(x)$ pour tout $x \in \,]-R, R[$.
La primitivation se fait **terme à terme** ($\int_0^x t^n dt = \frac{x^{n+1}}{n+1}$), et l'égalité
des rayons vient du fait que multiplier les coefficients par $\frac{1}{n+1}$ ne change pas le
caractère borné des suites $(a_n r^n)$ (les facteurs $n$ et $\frac{1}{n+1}$ sont « absorbés »,
voir §6).
Conséquence : toute série entière de rayon $R > 0$ admet des primitives sur $]-R, R[$, toutes de la
forme $G + c$ ; en particulier on peut intégrer terme à terme sur tout segment :
$$\int_a^b S(t)\,dt = \sum_{n \geq 0} a_n \frac{b^{n+1} - a^{n+1}}{n+1}.$$
#### 4. Caractère $\mathcal{C}^{\infty}$ et dérivation terme à terme
**Théorème** : la somme $S$ d'une série entière de rayon $R > 0$ est de **classe
$\mathcal{C}^{\infty}$ sur $]-R, R[$**, et pour tout $k \geq 0$ :
$$S^{(k)}(x) = \sum_{n \geq k} n(n-1)\cdots(n-k+1)\, a_n\, x^{n-k} = \sum_{n \geq k}
\frac{n!}{(n-k)!}\, a_n\, x^{n-k},$$
la série dérivée étant elle-même une série entière de **même rayon $R$** (voir §6), normalement
convergente sur tout segment de $]-R, R[$.
*Preuve* : la série dérivée $\sum_{n \geq 1} n a_n x^{n-1}$ a le même rayon $R$ ; elle converge
normalement sur tout segment de $]-R, R[$ (section 1) ; les polynômes partiels $S_N$ sont de
classe $\mathcal{C}^1$ et leurs dérivées $\sum_{n=1}^{N} n a_n x^{n-1}$ convergent uniformément sur
tout segment : le théorème de dérivation des limites donne $S' = \sum n a_n x^{n-1}$ sur $]-R, R[$.
La récurrence sur $k$ conclut au caractère $\mathcal{C}^{\infty}$.
**Exemples** : $\sum \frac{x^n}{n!}$ de somme $\exp$ ($R = +\infty$, $S' = S$) ;
$\sum \frac{(-1)^n x^{2n+1}}{(2n+1)!}$ de somme $\sin$ ; $\sum \frac{(-1)^n x^{2n}}{(2n)!}$ de
somme $\cos$.
#### 5. Coefficients et dérivées successives en 0
**Théorème (unicité des coefficients)** : si $S(x) = \sum_{n \geq 0} a_n x^n$ est de rayon
$R > 0$, alors pour tout $n \geq 0$ :
$$a_n = \frac{S^{(n)}(0)}{n!}.$$
*Preuve* : en évaluant la série dérivée d'ordre $k$ en $0$, tous les termes s'annulent sauf celui
d'ordre $k$ : $S^{(k)}(0) = k!\, a_k$.
Conséquences :
- **unicité du développement en série entière** : deux séries entières de rayon $> 0$ qui coïncident
sur un intervalle contenant $0$ ont les mêmes coefficients ;
- la série entière de somme $S$ est nécessairement la **série de Taylor** de $S$ en $0$ ;
- *attention* : une fonction de classe $\mathcal{C}^{\infty}$ n'admet pas forcément un développement
en série entière (l'exemple classique $x \mapsto e^{-1/x^2}$ prolongé par $0$ en $0$ a toutes ses
dérivées nulles en $0$ sans être nulle) : la série de Taylor peut converger vers autre chose que
la fonction.
#### 6. Relation $R\left(\sum a_n x^n\right) = R\left(\sum n a_n x^n\right)$
**Théorème** : la série dérivée (et la série primitivée) d'une série entière a le **même rayon de
convergence** que la série initiale :
$$R\left(\sum_{n \geq 1} n\, a_n x^{n-1}\right) = R\left(\sum_{n \geq 0} \frac{a_n}{n+1}
x^{n+1}\right) = R\left(\sum_{n \geq 0} a_n x^n\right) = R.$$
*Preuve* (pour la série dérivée) :
- $R_{d} \leq R$ : si $(n a_n r^n)$ est bornée, alors $(a_n r^n) = \frac{1}{n}(n a_n r^n)$ l'est
aussi, donc $r \leq R$ ;
- $R_{d} \geq R$ : soit $r < R$ ; choisissons $\rho$ avec $r < \rho < R$. La suite
$\left(n \left(\frac{r}{\rho}\right)^{n-1}\right)$ est bornée (croissances comparées), et
$$|n\, a_n r^{n-1}| = n \left(\frac{r}{\rho}\right)^{n-1} |a_n| \rho^{n-1} \leq C\, |a_n|
\rho^{n-1},$$
avec $\sum |a_n| \rho^{n-1} < +\infty$ (convergence absolue dans l'intervalle ouvert) : la suite
$(n a_n r^{n-1})$ est bornée, donc $r \leq R_d$.
D'où l'égalité. Même raisonnement pour la primitivation (le facteur $\frac{1}{n+1}$ est encore
« absorbé »).
#### 7. Exemple récapitulatif
Soit $S(x) = \sum_{n \geq 1} \frac{x^n}{n}$ (rayon $R = 1$ par d'Alembert :
$\left|\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| = \frac{n}{n+1} \to 1$).
- **Convergence normale sur tout segment** $[-r, r] \subset \,]-1, 1[$ (section 1) ; en $x = 1$,
divergence (harmonique) ; en $x = -1$, convergence (série alternée) : $S(-1) = -\ln 2$.
- **Somme** : sur $]-1, 1[$, $S(x) = -\ln(1 - x)$ (reconnue comme primitive de $\sum x^n =
\frac{1}{1-x}$).
- **Dérivation terme à terme** : $S'(x) = \sum_{n \geq 1} x^{n-1} = \frac{1}{1-x}$ sur $]-1, 1[$
(la série dérivée $\sum n x^{n-1}$ a le même rayon $1$).
- **Coefficients** : $a_n = \frac{1}{n} = \frac{S^{(n)}(0)}{n!}$, donc $S^{(n)}(0) = (n-1)!$ —
cohérent avec les dérivées de $-\ln(1-x)$ en $0$.
- **Primitivation** : $\sum_{n \geq 1} \frac{x^{n+1}}{n(n+1)}$ est une primitive de $S$ sur
$]-1, 1[$, de rayon $1$.
#### 1. Fonction développable en série entière sur $]-r, r[$
Une fonction $f : \,]-r, r[ \to \mathbb{K}$ est **développable en série entière (DSE)** sur
$]-r, r[$ s'il existe une suite $(a_n) \in \mathbb{K}^{\mathbb{N}}$ telle que
$$f(x) = \sum_{n \geq 0} a_n x^n \quad \text{pour tout } x \in \,]-r, r[.$$
La somme d'une série entière de rayon $\geq r$ est de classe $\mathcal{C}^{\infty}$ sur $]-r, r[$
; en particulier **toute fonction DSE est de classe $\mathcal{C}^{\infty}$** sur $]-r, r[$, et ses
coefficients vérifient nécessairement $a_n = \frac{f^{(n)}(0)}{n!}$.
#### 2. Série de Taylor d'une fonction de classe $\mathcal{C}^{\infty}$
Pour $f$ de classe $\mathcal{C}^{\infty}$ au voisinage de $0$, la **série de Taylor** de $f$ en $0$
est la série entière
$$\sum_{n \geq 0} \frac{f^{(n)}(0)}{n!}\, x^n.$$
$f$ est développable en série entière sur $]-r, r[$ **si et seulement si** cette série a un rayon
de convergence $\geq r$ **et** sa somme coïncide avec $f$ sur $]-r, r[$, c'est-à-dire si le reste
de Taylor tend vers $0$.
**Attention** : la classe $\mathcal{C}^{\infty}$ **ne suffit pas** : la fonction $f(x) =
e^{-1/x^2}$ (prolongée par $f(0) = 0$) est de classe $\mathcal{C}^{\infty}$ avec $f^{(n)}(0) = 0$
pour tout $n$ : sa série de Taylor est nulle et ne redonne pas $f$.
#### 3. Formule de Taylor avec reste intégral
Pour $f$ de classe $\mathcal{C}^{n+1}$ sur un voisinage de $0$ et $x$ dans ce voisinage :
$$f(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(0)}{k!}\, x^k + R_n(x),
\qquad R_n(x) = \int_0^x \frac{f^{(n+1)}(t)}{n!}\, (x - t)^n\, dt.$$
Majoration utile : si $|f^{(n+1)}(t)| \leq M$ sur $[0, x]$, alors
$$|R_n(x)| \leq \frac{M\, |x|^{n+1}}{(n+1)!}.$$
**Critère pratique de DSE** : si $\frac{|f^{(n+1)}(t)|}{(n+1)!}|x|^{n+1} \to 0$ uniformément (par
exemple $|f^{(n+1)}| \leq M^{n+1}$ sur le segment), alors $R_n(x) \to 0$ et $f$ est DSE au
voisinage de $0$.
#### 4. Unicité du développement en série entière
**Théorème** : si $f(x) = \sum a_n x^n = \sum b_n x^n$ sur $]-r, r[$ (avec $r > 0$), alors
$a_n = b_n$ pour tout $n$ ; de plus $a_n = \frac{f^{(n)}(0)}{n!}$.
*Preuve* : les deux séries ont la même somme, donc $a_n = \frac{S^{(n)}(0)}{n!} = b_n$
(caractérisation des coefficients par les dérivées successives en $0$ d'une série entière).
Conséquence : **le** DSE d'une fonction, s'il existe, est sa série de Taylor — il n'y a pas à le
« deviner » autrement.
#### 5. Développements des fonctions usuelles
| Fonction | DSE | Domaine |
|---|---|---|
| $e^x$ | $\sum_{n \geq 0} \frac{x^n}{n!}$ | $x \in \mathbb{R}$ |
| $\cos x$ | $\sum_{n \geq 0} \frac{(-1)^n x^{2n}}{(2n)!}$ | $x \in \mathbb{R}$ |
| $\sin x$ | $\sum_{n \geq 0} \frac{(-1)^n x^{2n+1}}{(2n+1)!}$ | $x \in \mathbb{R}$ |
| $\mathrm{ch}\, x$ | $\sum_{n \geq 0} \frac{x^{2n}}{(2n)!}$ | $x \in \mathbb{R}$ |
| $\mathrm{sh}\, x$ | $\sum_{n \geq 0} \frac{x^{2n+1}}{(2n+1)!}$ | $x \in \mathbb{R}$ |
| $\arctan x$ | $\sum_{n \geq 0} \frac{(-1)^n x^{2n+1}}{2n+1}$ | $|x| \leq 1$ |
| $\ln(1+x)$ | $\sum_{n \geq 1} \frac{(-1)^{n-1}}{n}\, x^n$ | $-1 < x \leq 1$ |
| $(1+x)^{\alpha}$ | $1 + \sum_{n \geq 1} \binom{\alpha}{n} x^n$, $\binom{\alpha}{n} = \frac{\alpha(\alpha-1)\cdots(\alpha-n+1)}{n!}$ | $|x| < 1$ |
Méthodes : formule de Taylor avec reste intégral (exp, cos, sin : reste majoré par
$\frac{M^{n+1}|x|^{n+1}}{(n+1)!} \to 0$) ; dérivation/primitivation terme à terme (arctan =
primitive de $\frac{1}{1+x^2} = \sum (-1)^n x^{2n}$ ; $\ln(1+x)$ = primitive de $\frac{1}{1+x} =
\sum (-1)^n x^n$) ; binôme généralisé pour $(1+x)^{\alpha}$ (équation différentielle ou reste
intégral).
#### 6. Développement en série entière à l'aide d'une équation différentielle linéaire
**Méthode** : pour développer $f$ solution d'une équation différentielle linéaire (par exemple
$y' = a(x) y + b(x)$ ou $y'' + p(x) y' + q(x) y = 0$ avec $p, q$ polynomiales), on :
1. pose $y(x) = \sum_{n \geq 0} a_n x^n$ (série entière indéterminée) ;
2. écrit les équations des dérivées terme à terme (dérivation/primitivation légitimes) ;
3. **identifie les coefficients** par puissances croissantes de $x$, ce qui donne des relations de
récurrence sur les $(a_n)$, les premiers coefficients étant fixés par les **conditions
initiales** ;
4. détermine le rayon de convergence de la série obtenue et vérifie qu'elle satisfait l'équation.
*Exemple* : $y' = y$, $y(0) = 1$. En posant $y = \sum a_n x^n$ : $\sum_{n \geq 0} (n+1) a_{n+1}
x^n = \sum_{n \geq 0} a_n x^n$, d'où $(n+1) a_{n+1} = a_n$, soit $a_n = \frac{a_0}{n!} =
\frac{1}{n!}$ : $y(x) = \sum \frac{x^n}{n!} = e^x$ (rayon $+\infty$ par d'Alembert).
#### 7. Unicité de la solution d'un problème de Cauchy adapté
**Théorème** : le **problème de Cauchy linéaire**
$$y' = a(x)\, y + b(x), \qquad y(x_0) = y_0,$$
avec $a, b$ **continues** sur un intervalle $I$ contenant $x_0$, admet une **unique** solution
définie sur $I$.
**Utilisation dans la méthode des séries entières** : le système de récurrence sur les coefficients
$(a_n)$ (issues de l'identification) détermine **tous** les $a_n$ à partir des conditions initiales
; comme le DSE obtenu converge et résout l'équation avec les bonnes conditions initiales, il est,
**par unicité du problème de Cauchy**, la solution cherchée. Ainsi l'identification + unicité
justifient que le DSE trouvé est bien la fonction visée (et pas une simple solution formelle).
*Exemple* : $y'' + y = 0$, $y(0) = 0$, $y'(0) = 1$. Identification : $(n+2)(n+1) a_{n+2} + a_n =
0$, $a_0 = 0$, $a_1 = 1$, d'où $a_{2p} = 0$ et $a_{2p+1} = \frac{(-1)^p}{(2p+1)!}$ : $y(x) =
\sum_{p \geq 0} \frac{(-1)^p x^{2p+1}}{(2p+1)!} = \sin x$ (rayon $+\infty$), et c'est l'unique
solution du problème de Cauchy.
#### 8. Exemple récapitulatif
Développons $f(x) = \arctan x$ : $f'(x) = \frac{1}{1 + x^2} = \sum_{n \geq 0} (-1)^n x^{2n}$ pour
$|x| < 1$ (série géométrique). Par **primitivation terme à terme** (légitime : convergence normale
sur tout segment de $]-1, 1[$) :
$$\arctan x = \sum_{n \geq 0} \frac{(-1)^n x^{2n+1}}{2n+1}, \quad |x| < 1,$$
avec convergence en $x = \pm 1$ (séries alternées) — d'où la formule $\frac{\pi}{4} = 1 -
\frac{1}{3} + \frac{1}{5} - \cdots$. L'unicité du DSE garantit qu'aucun autre développement n'est
possible sur $]-1, 1[$.
Dans cette fiche, $\mathbb{K} = \mathbb{C}$ et $z$ désigne une variable complexe.
#### 1. Continuité de la somme sur le disque ouvert de convergence
**Théorème** : soit $\sum_{n \geq 0} a_n z^n$ une série entière de rayon de convergence $R > 0$ et
$S(z) = \sum_{n \geq 0} a_n z^n$ sa somme sur le **disque ouvert de convergence**
$D = \{z \in \mathbb{C} \mid |z| < R\}$. Alors $S$ est **continue sur $D$**.
*Preuve* : la série entière converge **normalement sur tout disque fermé** $\bar{D}_r = \{z \mid
|z| \leq r\}$ avec $r < R$ : en effet, en choisissant $\rho$ avec $r < \rho < R$, la suite
$(a_n \rho^n)$ est bornée (elle tend vers $0$), donc $|a_n z^n| \leq |a_n| r^n \leq M
\left(\frac{r}{\rho}\right)^n$ pour $|z| \leq r$, et $\sum M \left(\frac{r}{\rho}\right)^n$
converge. La convergence normale implique la convergence uniforme sur $\bar{D}_r$, et les polynômes
partiels sont continus : la somme est continue sur chaque $\bar{D}_r$, donc sur $D$ tout entier
(tout point de $D$ est intérieur à un tel disque fermé).
**En pratique** : pour étudier $S$ en un point $z_0 \in D$, on travaille sur un disque fermé de
rayon $r$ avec $|z_0| < r < R$.
#### 2. Développement de $\frac{1}{1-z}$ sur le disque unité ouvert
**Théorème** : la série géométrique complexe
$$\sum_{n \geq 0} z^n$$
a pour rayon de convergence $R = 1$ (d'Alembert : $\left|\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| = 1$), et pour
tout $z$ du **disque unité ouvert** $|z| < 1$ :
$$\sum_{n \geq 0} z^n = \frac{1}{1 - z}.$$
*Preuve* : pour $N \in \mathbb{N}$, $\sum_{n=0}^{N} z^n = \frac{1 - z^{N+1}}{1 - z}$ ; si $|z| < 1$,
$z^{N+1} \to 0$ (car $|z^{N+1}| = |z|^{N+1} \to 0$), d'où la limite $\frac{1}{1-z}$.
Pour $|z| \geq 1$, le terme général $z^n$ ne tend pas vers $0$ (son module vaut $|z|^n \geq 1$) :
la série **diverge grossièrement**. Ce développement est **unique** : c'est le DSE de
$\frac{1}{1-z}$ en $0$.
**Utilisations** : développer $\frac{1}{1+z} = \sum (-1)^n z^n$, $\frac{1}{1 - z^2} = \sum z^{2n}$,
$\frac{z}{(1-z)^2} = \sum_{n \geq 1} n z^n$ (dérivation terme à terme), ou démontrer les
développements de $\frac{1}{1+x^2}$ et de $\arctan$ en variable réelle.
#### 3. Développement de $\exp(z)$ sur $\mathbb{C}$
**Théorème** : la série exponentielle complexe
$$\exp(z) = \sum_{n \geq 0} \frac{z^n}{n!}$$
a un rayon de convergence **infini** (d'Alembert : $\left|\frac{a_{n+1}}{a_n}\right| = \frac{1}{n+1}
\to 0$) : elle **converge absolument pour tout $z \in \mathbb{C}$**, et sa somme — l'**exponentielle
complexe** — est **continue sur $\mathbb{C}$** (théorème de la section 1, valable sur tout disque
fermé).
Propriétés obtenues par les séries entières :
- **Dérivation terme à terme** : $\exp'(z) = \sum_{n \geq 1} \frac{z^{n-1}}{(n-1)!} = \exp(z)$
(même rayon pour la série dérivée), et $\exp(0) = 1$ ;
- **Équation fonctionnelle** : par le **produit de Cauchy** de deux séries absolument convergentes,
$$\exp(a)\exp(b) = \sum_{n \geq 0}\left(\sum_{k=0}^{n} \frac{a^k}{k!}\,\frac{b^{n-k}}{(n-k)!}
\right) = \sum_{n \geq 0} \frac{(a+b)^n}{n!} = \exp(a + b),$$
le coefficient intérieur étant $\frac{1}{n!}\sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^k b^{n-k} =
\frac{(a+b)^n}{n!}$ (binôme) ;
- **Lien avec les fonctions réelles** : pour $\theta \in \mathbb{R}$, $e^{i\theta} = \cos\theta +
i\sin\theta$ (les parties réelle et imaginaire de la série complexe sont les séries réelles de
$\cos$ et $\sin$), d'où $|e^{i\theta}| = 1$ et la formule de Moivre ;
- $\exp(\bar{z}) = \overline{\exp(z)}$, $\exp(z) \neq 0$ pour tout $z$ (car $\exp(z)\exp(-z) =
\exp(0) = 1$).
#### 4. Exemple récapitulatif
- $\frac{1}{1-z}$ : DSE $\sum z^n$ sur $|z| < 1$ ; en $z = \frac{i}{2}$,
$\sum \left(\frac{i}{2}\right)^n = \frac{1}{1 - i/2} = \frac{4 + 2i}{5}$ (convergence absolue,
$\left|\frac{i}{2}\right| = \frac{1}{2} < 1$).
- $\exp(i) = \sum_{n \geq 0} \frac{i^n}{n!}$ : convergence absolue ($R = +\infty$) ;
$\exp(i) = \cos 1 + i \sin 1 \approx 0{,}540 + 0{,}841\,i$.
- Somme $\sum_{n \geq 0} \frac{z^n}{n!}$ en $z$ et $\bar{z}$ : $\exp(z)\exp(\bar{z}) = \exp(z +
\bar{z}) = \exp(2\mathrm{Re}\,z) = |\exp(z)|^2$, ce qui redonne $|\exp(z)| = e^{\mathrm{Re}\,z}$
(module de l'exponentielle complexe).
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Question 1/3
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